Une affaire de fraude à l’allocation touristique vient de secouer la justice algérienne, avec la mise en cause de 22 personnes soupçonnées d’avoir contourné le dispositif du droit de change de 750 euros. Le parquet près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, a réclamé des peines pouvant atteindre six ans de prison ferme contre les membres de ce réseau récemment démantelé.
Une nouvelle affaire de fraude à l’allocation touristique devant la justice
Le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a ouvert le mercredi 26 août un nouveau dossier lié au détournement de l’allocation touristique. Cette procédure s’inscrit dans un vaste effort des autorités pour endiguer les abus autour du droit de change accordé aux voyageurs algériens à l’étranger.
Au total, 22 individus comparaissent pour tentative d’obtention illégale de la somme de 750 euros. Lors de l’audience publique, le magistrat a détaillé les rouages du mécanisme employé par le réseau pour rediriger cette allocation vers le marché parallèle des devises.
Le stratagème des faux voyageurs vers la Tunisie
Le mode opératoire dévoilé par la justice révèle une organisation minutieuse. Des citoyens étaient recrutés spécialement par le réseau, puis acheminés vers la Tunisie via les postes-frontières officiels d’Oum Teboul et d’El Ayoun, en toute légalité.
Ce passage régulier permettait d’obtenir les cachets de sortie douaniers apposés sur leurs passeports. Ces tampons constituaient la pièce maîtresse du dispositif frauduleux, servant à justifier un voyage à l’étranger jamais réellement effectué.
Un aller-retour organisé pour tromper les contrôles
Une fois les cachets obtenus, ces faux voyageurs étaient rapidement ramenés en Algérie par des points de passage non surveillés. Ils échappaient ainsi à l’obligation de séjour minimal de sept jours prévue par la réglementation.
Le réseau les faisait ensuite repasser en Tunisie afin qu’ils rentrent une nouvelle fois sur le territoire national par les postes-frontières officiels. Cette manœuvre visait à créer l’illusion d’un déplacement conforme aux règles du droit de change.
Un détournement vers le marché noir des devises
Les sommes de 750 euros obtenues au taux de change officiel n’étaient jamais dépensées lors de ces prétendus voyages en Tunisie. Elles étaient conservées puis réinjectées dans le marché parallèle des devises.
Sur ce marché informel, les euros s’échangeaient au taux du dinar bien plus élevé que le cours officiel. Cet écart de valeur constituait précisément la source de profit recherchée par les organisateurs de cette fraude à l’allocation touristique.
Les rôles précis des membres du réseau
L’enquête a permis d’identifier la fonction de chaque protagoniste. Un individu originaire de la wilaya de Souk Ahras se chargeait des démarches liées à l’apposition des cachets sur les passeports des voyageurs.
Ses services étaient facturés entre 15 000 et 30 000 dinars par passeport traité. D’autres membres du réseau étaient quant à eux affectés au recrutement des faux voyageurs nécessaires au fonctionnement du système.
Des réquisitions allant de deux à six ans de prison ferme
À la clôture de l’audience, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a formulé plusieurs demandes de peines. Trois prévenus encourent deux ans de prison ferme, assortis d’une amende de 500 000 dinars algériens chacun.
Le principal accusé, désigné comme le cerveau de l’opération, risque six ans de prison ferme et une amende identique de 500 000 dinars. Pour 18 autres inculpés, majoritairement des faux voyageurs, le parquet a réclamé cinq ans de réclusion assortis d’amendes.
La Banque d’Algérie durcit les règles du droit de change
Face à la multiplication de ces pratiques, la Banque d’Algérie a modifié en juillet dernier les conditions d’octroi de l’allocation touristique. L’objectif affiché était de fermer les brèches exploitées par les réseaux frauduleux.
Désormais, la somme de 750 euros n’est plus remise en espèces mais uniquement créditée sur une carte bancaire internationale de type Visa ou Mastercard. Ce changement rend nettement plus difficile toute conversion de l’allocation vers le marché noir des devises.
Cette affaire illustre l’ampleur des dérives entourant le droit de change accordé aux voyageurs algériens. Les nouvelles mesures adoptées par la Banque d’Algérie visent à sécuriser durablement un dispositif régulièrement détourné de sa vocation touristique initiale.
