Les décisions d’expulsion en Europe concernent en premier lieu les Algériens, qui occupent désormais la tête du classement des ressortissants étrangers visés par ces mesures. Selon les statistiques officielles européennes, ils devancent de peu les Marocains et se placent loin devant les autres nationalités. Ces chiffres, dévoilés le mardi 30 juin par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, dressent un état des lieux précis pour le premier trimestre 2026.
Les Algériens en tête des décisions d’éloignement en Europe
D’après les données publiées par Eurostat, les Algériens forment la première communauté ayant reçu le plus grand nombre d’ordres de quitter le territoire européen entre janvier et mars 2026. Les Marocains arrivent juste derrière, tandis que les Syriens complètent ce trio de tête.
Concrètement, les ressortissants algériens ont fait l’objet de 11 105 décisions d’éloignement au cours de ce premier trimestre. Ce total s’élève à 6 435 pour les Marocains et à 5 355 pour les Syriens, selon la même source officielle.
Il convient toutefois de préciser une nuance essentielle : ces chiffres correspondent aux décisions administratives prononcées, et non aux expulsions réellement mises à exécution. L’écart entre les deux reste considérable dans la plupart des pays européens.
Expulsions effectives : un tout autre classement
Lorsqu’on observe les renvois réellement appliqués, le tableau change radicalement. Sur le premier semestre 2026, ce sont les ressortissants turcs qui ont été les plus expulsés, avec 3 555 éloignements effectifs enregistrés à travers l’Union européenne.
Les Géorgiens suivent avec 2 060 expulsions exécutées, à égalité avec les Albanais, qui affichent le même chiffre. Ce décalage montre que le volume de décisions ne reflète pas toujours le nombre d’expulsions concrètement réalisées.
Autre élément notable : la pression sur les Algériens a légèrement reculé. Au dernier trimestre 2025, ils avaient reçu 12 455 ordres d’éloignement, contre 11 105 sur les trois premiers mois de 2026, soit une baisse mesurée mais réelle selon Eurostat.
OQTF : la France en tête des décisions d’expulsion en Europe
La surreprésentation des Algériens parmi les personnes visées s’explique en grande partie par la géographie de ces mesures. Le pays européen qui délivre le plus de décisions d’éloignement est en effet la France, très largement devant ses voisins.
Or, l’Hexagone abrite la plus importante diaspora algérienne établie à l’étranger. Cette forte présence explique mécaniquement pourquoi les ressortissants algériens figurent en tête des statistiques d’expulsion à l’échelle du continent.
Un écart marqué entre décisions et exécutions en France
Les chiffres français illustrent parfaitement ce phénomène. Sur le premier trimestre 2026, la France a émis près de 35 000 obligations de quitter le territoire (OQTF), toutes nationalités confondues, selon Eurostat.
Pourtant, seules 3 775 de ces décisions ont réellement débouché sur une expulsion. Ce fossé entre les mesures prononcées et les renvois effectifs constitue l’une des grandes caractéristiques du système français.
L’Allemagne adopte une logique inverse. Berlin n’a prononcé que 10 360 décisions d’éloignement sur la même période, mais en a exécuté plus de 7 000, affichant ainsi un taux d’application bien supérieur à celui de la France.
Un bilan européen contrasté sur les expulsions
À l’échelle de l’Union européenne, le volume global de décisions d’éloignement a diminué. Les États membres ont prononcé 100 475 mesures au premier trimestre 2026, contre 117 545 lors du dernier trimestre 2025.
Paradoxalement, le nombre d’expulsions effectivement menées a légèrement augmenté. Alors que 33 860 personnes avaient été renvoyées fin 2025, elles étaient 34 550 à avoir été effectivement éloignées au début de l’année 2026.
Cette évolution traduit une tendance à resserrer l’écart entre décisions et exécutions, même si les disparités entre pays demeurent fortes. La France concentre les ordres administratifs, tandis que d’autres États privilégient l’application concrète des renvois.
En définitive, si les Algériens dominent le classement des décisions d’expulsion en Europe, ce constat reflète surtout l’ampleur de leur présence en France, principal émetteur d’OQTF. La distinction entre décisions prononcées et éloignements réellement effectués reste donc cruciale pour interpréter ces statistiques avec justesse.
