L’Algérie poursuit ses efforts pour renégocier les termes de l’accord d’association qui l’unit à l’Union européenne. Dans un climat marqué par plusieurs litiges commerciaux, Alger entend ajuster ce partenariat aux mutations de son appareil productif, sans pour autant rompre le dialogue avec ses interlocuteurs européens.
Les 26 et 27 octobre 2026, lors d’une visite officielle dans la capitale algérienne, le chef du gouvernement tchèque Andrej Babiš est revenu sur les barrières européennes qui pèsent sur certaines exportations algériennes. Ses propos s’inscrivent dans une période de tensions commerciales entre les deux rives de la Méditerranée.
D’après des informations relayées le mercredi 28 octobre 2026, Alger ambitionne de corriger le déséquilibre de ses échanges avec le bloc européen. L’enjeu : faciliter l’entrée de ses productions industrielles et agricoles sur le vaste marché communautaire.
Une révision de l’accord d’association au cœur de la stratégie économique algérienne
Cette volonté de renégociation s’inscrit dans la politique de diversification économique menée par les autorités du pays. L’objectif consiste à alléger la dépendance aux recettes tirées des hydrocarbures.
Plusieurs filières sont directement concernées par cette ambition. Le fer, l’acier, les matériaux destinés à la construction ainsi que le secteur agricole figurent parmi les activités visées par cette réorientation stratégique.
Les entreprises exportatrices algériennes se heurtent toutefois à de nombreux obstacles. Quotas, restrictions commerciales et normes environnementales européennes compliquent leur accès au marché unique.
Le mécanisme carbone, un frein supplémentaire pour les exportateurs
Parmi ces contraintes figure le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, aussi désigné par l’acronyme CBAM. Ce dispositif touche notamment le fer, l’acier, les engrais, le ciment, l’aluminium, l’électricité et l’hydrogène.
Concrètement, ce système impose des exigences liées aux émissions de carbone générées par certaines marchandises importées dans l’Union. Il constitue une barrière additionnelle pour les sociétés algériennes désireuses d’écouler leurs produits en Europe.
Pourquoi Alger réclame une réévaluation de l’accord de 2005
Mis en application en septembre 2005, l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne régit les relations commerciales et la coopération économique entre les deux partenaires.
Deux décennies après son entrée en vigueur, les responsables algériens jugent que plusieurs clauses méritent d’être revues. L’évolution du tissu industriel national et les ambitions en matière d’exportation justifient, selon eux, cette remise à plat.
Le président Abdelmadjid Tebboune a réclamé un examen approfondi du texte, article par article. Son intention : renforcer la protection de la production locale tout en tenant compte des intérêts des deux signataires.
Alger souhaite préserver sa marge de manœuvre pour encadrer ses importations selon les besoins de son marché intérieur. En parallèle, le pays espère décrocher des conditions plus avantageuses pour ses ventes vers l’Europe.
Un différend qui a pris une tournure judiciaire
Ces désaccords ont basculé sur le terrain juridique en juillet 2025. L’Union européenne a alors lancé une procédure d’arbitrage ciblant certaines limitations algériennes aux flux commerciaux et aux investissements.
Par un communiqué daté du 17 juillet 2025, la diplomatie algérienne a contesté cette initiative. Elle estimait que les pourparlers avaient été rompus trop tôt par Bruxelles.
Le ministre Ahmed Attaf avait à cette occasion transmis un courrier à Kaja Kallas, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la sécurité. Alger affirmait alors que six des huit litiges soulevés étaient en passe d’être résolus.
Les autorités algériennes avaient par ailleurs sollicité la convocation du Conseil d’association. Cette instance devait permettre de prolonger les échanges dans le cadre institutionnel prévu par l’accord.
Gaz et investissements : les autres volets du partenariat euro-algérien
En dépit de ces tensions, le volet énergétique reste un pilier solide des relations entre Alger et Bruxelles. Le gaz algérien participe activement à l’alimentation de plusieurs marchés du continent européen.
Durant son séjour à Alger, Andrej Babiš a d’ailleurs abordé un renforcement possible de la coopération énergétique entre son pays et l’Algérie. Une hausse des livraisons de gaz, en lien avec Sonatrach, a notamment été évoquée.
Pour les dirigeants algériens, revoir l’accord d’association ne revient nullement à tourner le dos à l’Union européenne. Il s’agit avant tout d’adapter les règles du jeu aux transformations profondes de l’économie nationale.
Le but affiché demeure de stimuler les exportations hors hydrocarbures, de consolider la production locale et d’attirer de nouveaux investissements. Alger plaide ainsi pour un partenariat rééquilibré, respectueux des intérêts économiques de chacune des parties.
La révision de l’accord d’association apparaît donc comme un levier central de la nouvelle doctrine économique algérienne. Reste à savoir si Alger et Bruxelles parviendront à concilier leurs priorités respectives dans les mois à venir.


