Articles Populaire

Immigration en France : pourquoi cette obsession qui divise

La question de l’immigration domine aujourd’hui le débat public en France, au point de reléguer d’autres urgences au second plan. C’est le constat posé par Ali Rabeh, maire de Trappes, invité de l’émission « C ce soir » sur France 5 le lundi 26 octobre. Son intervention portait sur la responsabilité collective dans l’attaque raciste survenue dans sa commune des Yvelines, le vendredi 23 octobre.

Le poids de l’héritage colonial sur les descendants d’immigrés

Au cours de ce débat, l’élu a insisté sur le rôle du traitement médiatique réservé aux Français issus de l’immigration. Il a notamment souligné le fossé qui sépare l’expérience des premières générations venues en France de celle vécue par leurs enfants nés sur le sol français.

Avec émotion, Ali Rabeh est revenu sur les ratonnades des années 1970 et sur les blessures jamais refermées de la période coloniale. « Mon père, lorsqu’il est arrivé en France, baissait la tête », a-t-il confié, évoquant une génération marquée par la soumission et le silence.

Cette décennie fut effectivement endeuillée par une vague de crimes et d’agressions à caractère raciste. Les causes en étaient multiples : la récession économique née du choc pétrolier de 1973, l’intensification des expulsions, mais aussi le ressentiment de certains rapatriés d’Algérie récemment installés.

La promesse républicaine d’égalité mise à l’épreuve

L’élu a ensuite rappelé l’engagement fondateur de la République : offrir à tous une égalité pleine et entière. Sur le papier, les descendants d’immigrés deviennent des citoyens français comme les autres, intégrés à l’unité nationale.

« Quand j’ai reçu mon écharpe tricolore, j’ai cru, avec une certaine naïveté, détenir une sorte de talisman protecteur : je suis Français, impossible de le prouver davantage », a-t-il déclaré. Ces mots révèlent une désillusion profonde face à une réalité souvent passée sous silence.

Selon le maire de Trappes, la fracture sociale dont on parle tant ne date pas d’hier. Si les aînés semblaient autrefois courber l’échine, la République porte désormais une promesse qu’elle peine manifestement à honorer, même envers ses propres représentants élus.

Être français et élu suffit-il à échapper au racisme ?

Ali Rabeh dresse un constat amer sur sa propre expérience depuis son accession à des responsabilités publiques. « Jamais je n’ai reçu autant d’insultes, de menaces et d’injonctions à retourner dans mon pays d’origine que depuis que je suis devenu élu de la République », a-t-il affirmé.

Il a cité l’exemple de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, qu’il décrit comme un véritable « parapluie » pour les élus racisés de France, tant ce dernier concentre les attaques racistes. Un parallèle qui illustre l’ampleur du phénomène.

Le message de l’élu est sans ambiguïté : la nationalité ne protège pas, le mandat électif non plus. Les Français issus de l’immigration semblent condamnés à démontrer sans cesse leur légitimité et leur appartenance à la nation.

Un maire au service de tous ses administrés

Ali Rabeh tient à préciser qu’il ne se considère nullement comme le maire d’une communauté particulière. Son action et son programme politique s’adressent à l’ensemble des habitants de Trappes, sans distinction d’origine ou de confession.

La responsabilité des médias dans le climat raciste ambiant

L’élu pointe également du doigt le rôle de certains médias classés à l’extrême droite dans la montée du racisme en France, en particulier à l’égard des citoyens musulmans. Il cite nommément la chaîne CNews pour illustrer son propos.

Selon lui, le mot « islam » aurait été prononcé près de 30 000 fois sur les plateaux de cette chaîne entre 2022 et 2024. Un chiffre qui témoigne, à ses yeux, d’une focalisation excessive et anxiogène sur une seule thématique.

Ali Rabeh invite à reconsidérer la place démesurée accordée à l’immigration dans le débat public. D’autres défis majeurs restent négligés, tels que la dégradation des établissements scolaires, la flambée du prix des carburants ou encore l’extension de la précarité.

Retour sur l’attaque raciste de Trappes

Il convient de rappeler le contexte tragique de cette prise de parole. L’attaque survenue à Trappes le 23 octobre a coûté la vie à un homme et visait délibérément des personnes selon leur couleur de peau et leur origine.

L’auteur présumé aurait justifié son acte par la volonté de « venger les commerçants » en s’attaquant « aux Noirs et aux Arabes », selon des déclarations rapportées par la presse. Un passage à l’acte qui illustre de façon brutale les dérives dénoncées par le maire.

À travers son intervention, Ali Rabeh lance un appel à la lucidité collective sur la place occupée par l’immigration dans les discours publics. Son témoignage rappelle que l’égalité promise par la République demeure, pour beaucoup, un idéal encore inaccompli.

Abdel
Abdel
Journaliste chevronné, je vous propose des articles qui traitent de l'actualité maghrébine et de la diaspora en général.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

© 2026 Maghrebactu. Tous droits réservés.