L’espace aérien algérien est de nouveau accessible au trafic malien. Le ministère algérien de la Défense nationale a officialisé, le vendredi 10 juillet 2026, la levée totale des restrictions qui pesaient sur les liaisons aériennes entre Alger et Bamako. Cette réouverture clôt une période de blocage de quinze mois, entamée en avril 2025.
Selon le communiqué diffusé par les autorités militaires algériennes, la mesure est entrée en application dès ce vendredi. Elle englobe l’intégralité des vols reliant les deux pays, qu’ils soient à destination ou en provenance du Mali, sur l’ensemble des couloirs aériens internationaux.
Pour rappel, Alger avait fermé son espace aérien le 7 avril 2025, interdisant toute navigation aérienne liée au territoire malien. Cette décision drastique répondait alors à ce que les autorités algériennes présentaient comme des incursions répétées et non autorisées dans leur zone de souveraineté aérienne.
Aux sources d’une crise diplomatique entre Alger et Bamako
La suspension du trafic aérien s’était inscrite dans un climat de fortes tensions entre les deux capitales. Le point de départ remonte à un événement survenu dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, marqué par la destruction d’un drone appartenant à l’armée malienne près de la zone frontalière.
Les deux États ont livré des récits contradictoires de cet incident. Bamako a soutenu que les débris de l’appareil se trouvaient à 9,5 kilomètres au sud de la ligne frontalière, donc en territoire malien. Le gouvernement malien avait alors dénoncé une « action hostile préméditée » imputée aux forces algériennes.
Alger a défendu une version opposée, affirmant que ses relevés radar prouvaient sans ambiguïté une intrusion dans son espace aérien. Les autorités algériennes ont précisé qu’il s’agissait de la troisième violation en quelques mois, l’engin s’étant enfoncé sur 1,6 kilomètre au-delà de la frontière.
La spirale des mesures de rétorsion entre les deux pays
Cet épisode a rapidement provoqué une cascade de réactions diplomatiques. Le 6 avril 2025, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont rappelé leurs ambassadeurs accrédités à Alger pour consultations.
La réponse algérienne ne s’est pas fait attendre. Alger a rappelé à son tour ses représentants diplomatiques au Mali et au Niger, tout en repoussant l’installation de son nouvel ambassadeur au Burkina Faso.
La fermeture de l’espace aérien constituait toutefois la sanction la plus tangible. Dès le 7 avril, l’Algérie bloquait sa zone aérienne à tous les appareils liés au Mali. Dans la foulée, Bamako appliquait une mesure de réciprocité en interdisant son ciel à tous les aéronefs civils et militaires reliés à l’Algérie, et ce jusqu’à nouvel ordre.
Un retrait aux conséquences régionales
Le Mali est allé plus loin en se retirant, avec effet immédiat, du Comité d’État-Major Conjoint (CEMOC). Bamako avait par ailleurs annoncé son intention de saisir les juridictions internationales pour porter plainte contre son voisin septentrional.
Cette rupture illustrait l’éloignement croissant entre Alger et les régimes militaires du Sahel. Longtemps acteur central des équilibres sécuritaires de la région, l’Algérie voyait ainsi son influence contestée par une AES en quête d’autonomie diplomatique.
Réouverture de l’espace aérien : quelles retombées attendues
La levée des restrictions décidée par l’Algérie referme une parenthèse ouverte depuis plus d’un an. La reprise concerne la totalité des flux aériens entre les deux territoires, avec un rétablissement complet des connexions suspendues.
Ce dénouement laisse entrevoir un retour progressif à la normale pour le transport aérien entre les deux nations. Les échanges commerciaux et la mobilité des populations devraient en bénéficier directement, après des mois d’interruption pénalisante.
Les transporteurs aériens actifs dans la zone peuvent désormais reconfigurer leurs itinéraires, libérés des contraintes imposées durant la crise. Cette normalisation logistique pourrait également ouvrir la voie à un apaisement plus large sur le plan diplomatique.
Reste à savoir si cette réouverture marque le début d’une véritable détente entre Alger et Bamako, ou une simple mesure technique isolée. Dans un Sahel toujours instable, le rétablissement des liaisons aériennes constitue en tout cas un signal encourageant pour l’ensemble de la région.