La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI ouvre une nouvelle phase pour son système financier. Cette décision, qui consacre des années de réformes, impose désormais à Alger de maintenir ses efforts pour ne pas compromettre les acquis. Plusieurs défis attendent les autorités afin d’ancrer durablement la conformité aux normes internationales.
Le retrait du pays de cette liste de surveillance du Groupe d’action financière récompense les avancées réalisées en matière de transparence, de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Mais selon l’expert Houari Tighersi, cité par le quotidien El Khabar, les pouvoirs publics doivent poursuivre le rythme des transformations pour éviter tout retour en arrière. Le président Abdelmadjid Tebboune insiste, dans ce sens, sur une vigilance accrue et l’application rigoureuse des dispositifs de contrôle des transactions financières.
Algérie : un tournant décisif vers la conformité financière
La radiation de la liste grise du GAFI traduit l’alignement progressif du pays sur les exigences internationales. Les efforts ont notamment porté sur la refonte du cadre juridique encadrant la lutte contre le blanchiment d’argent. À cela s’ajoutent un durcissement des obligations de déclaration des opérations douteuses et une meilleure coordination entre les institutions concernées.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie nationale de prévention et de lutte contre la corruption, déployée jusqu’en 2027. Le programme fixe des objectifs précis pour renforcer la transparence et garantir la traçabilité des mouvements de capitaux. Il s’agit d’une feuille de route censée pérenniser les progrès accomplis face au GAFI.
Renforcer la surveillance et endiguer les dérives financières
Le premier défi consiste à consolider les mécanismes de contrôle pour prévenir les irrégularités dans les opérations financières. Lors du premier Conseil des ministres suivant l’annonce, le chef de l’État a réclamé davantage de rigueur dans le suivi des flux financiers. Cette mission incombe en priorité aux ministères des Finances et de la Justice.
L’objectif affiché vise à réduire les pratiques illicites et à instaurer une discipline stricte dans les circuits économiques. Les autorités souhaitent par ailleurs diffuser une véritable culture de conformité au sein des banques et des établissements financiers. Le renforcement des outils de détection et de signalement des opérations suspectes constitue, à ce titre, une priorité.
Moderniser le système bancaire et accélérer la transition numérique
La modernisation du secteur bancaire représente un autre pilier central des réformes engagées en Algérie. Les pouvoirs publics encouragent l’essor des paiements électroniques et l’élargissement de l’inclusion financière. L’enjeu est aussi de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des transactions en espèces, encore très répandues.
Le nouveau cadre légal bancaire ambitionne d’améliorer la gouvernance des institutions et de renforcer les outils de supervision. Le déploiement de solutions numériques dans les services financiers facilite la traçabilité des flux. Cette numérisation contribue également à réduire le poids de l’économie informelle, tout en rapprochant les citoyens et les entreprises des services bancaires.
L’économie informelle, un obstacle persistant
Au Maghreb, l’économie parallèle pèse lourdement sur les finances publiques et la traçabilité des échanges. En Algérie, son ampleur reste un frein majeur à la transparence du système financier. La digitalisation des paiements apparaît donc comme un levier essentiel pour formaliser une part croissante de l’activité économique.
Enjeux économiques et regain d’attractivité internationale
Le retour de la confiance lié à la sortie de la liste grise renforce l’attractivité économique du pays. Une plus grande crédibilité du système financier peut faciliter l’arrivée de capitaux étrangers. Cette confiance retrouvée pourrait aussi soutenir le financement de nombreux projets d’investissement sur le territoire.
Les autorités entendent transformer cette avancée en moteur de diversification économique. Le soutien aux exportations hors hydrocarbures figure parmi les axes majeurs de cette stratégie. La réduction du secteur informel et l’amélioration du climat des affaires complètent une feuille de route destinée à inscrire les réformes dans la durée.
Le retrait de la liste grise du GAFI constitue ainsi une étape importante, mais non une fin en soi. La pérennité des acquis dépendra de la capacité de l’Algérie à maintenir le cap des réformes et à renforcer durablement sa gouvernance financière. C’est à ce prix que le pays pourra consolider sa place sur la scène économique internationale.
