La production de pommes en Algérie connaît un essor remarquable depuis près d’une décennie, portée par une politique de protection de la filière locale. Pourtant, les producteurs font aujourd’hui face à un obstacle inattendu : l’absence de filets anti-grêle pour préserver leurs vergers des intempéries. Un défi supplémentaire qui s’ajoute aux tensions persistantes sur les prix.
Une filière algérienne de la pomme en plein développement
Tout débute en juin 2017, lorsque les autorités algériennes choisissent de limiter les importations de pommes pour soutenir une production nationale encore fragile. Rassurés par cette orientation, les agriculteurs s’engagent et multiplient les plantations à travers le pays.
Les résultats ne tardent pas. En août 2025, la plateforme spécialisée Tridge place l’Algérie parmi les premiers producteurs africains de ce fruit. La récolte locale a atteint 575 000 tonnes en 2023, en hausse de 4,8 % par rapport à l’année précédente.
Plusieurs régions concentrent l’essentiel de cette production. Les wilayas de Batna et Khenchela génèrent chacune 180 000 tonnes, tandis que la pomiculture se développe aussi à Sidi Bel Abbès et Médéa. Leur point commun reste l’altitude, car le pommier prospère lorsque les hivers sont rigoureux.
Les producteurs de pommes privés de filets anti-grêle
Au cœur d’un jeune verger où apparaissent déjà les premiers fruits, un agriculteur a interpellé sur les réseaux sociaux le ministre de l’Agriculture et du Commerce extérieur. Son message met en lumière une difficulté concrète rencontrée sur le terrain.
La réussite de la filière repose largement sur de nouvelles variétés à fort rendement, importées notamment de Pologne. Cultivées en haute densité, elles permettent de multiplier considérablement les récoltes à l’hectare.
Dans une vidéo diffusée sur la page « Tout sur l’Agriculture », ce producteur exhibe plusieurs pommes encore vertes marquées par des impacts de grêlons. Selon lui, les vergers ont impérativement besoin de filets de protection, qu’il faut aujourd’hui se procurer à l’étranger.
Cette préoccupation n’est pas nouvelle pour les pouvoirs publics. Lors d’un déplacement à Khenchela en novembre 2019, le ministre de l’Agriculture d’alors annonçait l’ouverture de deux usines censées mettre un terme à l’importation de ces filets destinés à protéger la pomiculture.
Les DAPS, un bouclier pour la pomiculture algérienne
Avant cette stratégie protectionniste, l’Algérie comblait sa demande intérieure par des achats à l’étranger. La France fournissait alors d’importants volumes, jusqu’à 80 000 tonnes lors de la campagne 2014-2015.
Pour freiner cette sortie massive de devises, le pays a mis en place dès 2017 un Droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS), assorti de droits de douane de 30 %. Ce dispositif a efficacement protégé la production nationale, au grand satisfecit des agriculteurs algériens.
Côté français, l’accueil fut bien différent. Dès février 2017, les producteurs dénonçaient « la fermeture du marché algérien ». Christian Estrosi, alors président de la région PACA, lançait un appel pressant aux autorités françaises, redoutant la faillite de nombreux exploitants si rien n’était entrepris en urgence.
Une cherté présentée comme provisoire
Interrogé par un quotidien national sur les prix élevés d’un fruit pourtant de saison, Brahim Djeraibia, président de la Chambre d’agriculture d’Alger, parlait d’une situation passagère. Il anticipait une baisse significative des tarifs d’ici trois ans.
Cette amélioration reste néanmoins conditionnée à une gestion rigoureuse du déstockage. Selon lui, les pommes conservées en chambres froides doivent être écoulées de manière réfléchie pour garantir leur présence sur les étals tout au long de l’année.
La flambée du prix de la pomme en Algérie
Le contraste avec le passé est saisissant. En août 2017, sur un marché de Belouizdad à Alger, le kilo de pommes importées de France s’affichait à 250 dinars, au même niveau que d’autres fruits de saison comme le raisin.
Aujourd’hui, la fermeture du marché aux produits étrangers semble alimenter la hausse des prix locaux. Le kilo de pommes algériennes atteint désormais 1 000 DA, voire davantage selon les points de vente.
Face à cette envolée, le ministère du Commerce intérieur a réagi en avril 2025 en instaurant un prix plafond compris entre 350 et 450 DA le kilo, selon la qualité du fruit proposé.
En janvier 2026, le ministère de l’Agriculture a lancé un mécanisme de financement bancaire pour encourager les exploitants à investir dans des chambres froides. L’objectif est de contrer la spéculation, sachant que les pommes peuvent y être conservées plus de huit mois.
Pourtant, les DAPS appliqués à l’ail et à la tomate industrielle ont stimulé la production sans provoquer de telles dérives tarifaires. La spéculation observée sur la pomme pourrait fragiliser la crédibilité de ce dispositif, d’autant que la Commission européenne a engagé en juin 2025 une procédure de règlement des différends contre les restrictions algériennes aux importations.
Le manque de filets anti-grêle constitue ainsi un nouvel obstacle dans le long combat des autorités pour consolider la filière nationale de la pomme. Entre flambée des prix et vulnérabilité climatique, l’avenir de cette culture dépendra de la capacité du pays à conjuguer protection du marché et soutien concret aux producteurs.
