Un titre de séjour français expiré peut suffire à bouleverser une existence entière. C’est ce qu’a vécu Fatma Boularas, une Algérienne installée en France depuis près de trente ans, aujourd’hui bloquée en Algérie après un simple séjour familial à Oran. Depuis plus de trois ans, elle est séparée de ses proches et empêchée de rejoindre le pays où elle a bâti toute sa vie.
Un séjour familial qui vire au blocage en Algérie
Partie à Oran pour rendre visite à sa famille, Fatma Boularas ignorait que son document de résidence n’était plus valide. Ce titre de séjour avait expiré au mois de mars, sans qu’elle en ait conscience au moment de son départ.
« Ma mère est allée en Algérie pour une visite familiale sans réaliser que son titre de séjour n’était plus valable depuis plus de trois mois », confie sa fille, Rhizlane Di Maggio. Le problème n’a éclaté qu’au moment de son retour prévu vers la France.
À l’aéroport Charles-de-Gaulle, un agent lui aurait signifié qu’elle devait désormais obtenir un visa pour fouler à nouveau le sol français. Une contrainte administrative qui a transformé un aller-retour ordinaire en véritable impasse.
Le calvaire d’une résidente installée en France depuis 1992
Arrivée en France en 1992, Fatma Boularas y a fondé une famille et enraciné son quotidien. Mère de trois enfants français et désormais grand-mère, elle avait construit l’ensemble de sa vie sur le territoire hexagonal.
Son compagnon, de nationalité française, a été contraint de fermer son entreprise pendant cette absence prolongée. Fatma y occupait en effet un poste dédié à la gestion et au secrétariat, un rôle central dans le fonctionnement de la structure.
Une famille séparée par la distance
Le drame se double d’un déchirement personnel : Fatma n’a toujours pas pu rencontrer son petit-fils, né durant son immobilisation en Algérie. Une absence qui pèse lourdement sur l’ensemble du foyer.
« Cette situation est très difficile à vivre pour notre famille, et surtout pour ma mère, privée de ses proches et de tout ce qu’elle a construit depuis plus de trente ans », témoigne sa fille. L’éloignement s’accompagne d’un profond sentiment d’abandon.
Quatre demandes de visa restées sans issue favorable
Pour tenter de rentrer, Fatma Boularas a multiplié les démarches auprès des services consulaires. Elle a déposé pas moins de quatre demandes de visa auprès du consulat de France à Oran, sans obtenir la moindre réponse positive.
Chaque refus a renforcé son isolement en Algérie. Sa fille décrit une pression psychologique intense, ressentie par toute la famille, ainsi qu’une séparation vécue comme une épreuve douloureuse et interminable.
Face à cette impasse, les proches ont choisi de faire appel à un avocat en France. En Algérie, les juristes consultés estiment que le déblocage relève exclusivement des autorités françaises, selon les explications de Rhizlane Di Maggio.
Un manque de réponse dénoncé par les proches
Au-delà des refus, la famille pointe une absence quasi totale de communication sur l’avancée du dossier. Plusieurs courriels ont été adressés aux services consulaires français d’Alger et d’Oran, mais aucun n’aurait reçu de réponse.
Deux recours ont également été engagés, l’un gracieux, l’autre administratif. « Ils ont été soit rejetés, soit toujours en attente devant le tribunal administratif de Nantes », précise Rhizlane Di Maggio, décrivant une procédure enlisée.
Un isolement qui perdure depuis plus de trois ans
Malgré la présence de sa fille à ses côtés, Fatma Boularas éprouve un « profond isolement », d’après son entourage. Après plusieurs décennies passées en France, elle se retrouve coupée de ses amis, de ses repères et de son environnement quotidien.
Cette situation dure désormais depuis plus de trois ans. Un délai qui illustre la lourdeur des blocages administratifs auxquels peuvent se heurter certains ressortissants algériens résidant de longue date en France.
Le cas de Fatma Boularas met en lumière la fragilité des situations où un simple document expiré peut priver une personne de son foyer. Entre recours juridiques et silence des administrations, sa famille continue d’espérer un dénouement qui lui permettrait enfin de retrouver ceux qui l’attendent.
