Les méga-chantiers de l’Algérie à l’horizon 2030 dessinent une ambition claire : bâtir une économie moins dépendante des hydrocarbures. Solaire, hydrogène, eau, industrie et emploi forment les piliers d’une feuille de route inédite. Derrière ces projets se joue une transformation structurelle profonde pour le pays.
Ces objectifs affichés par Alger visent à répondre à plusieurs fragilités anciennes. Ils traduisent aussi une volonté de préparer l’après-pétrole tout en soutenant la création de richesse nationale.
L’industrie, moteur de la diversification économique
Le premier grand chantier consiste à renforcer les secteurs productifs situés hors du domaine pétrolier et gazier. L’ambition est de faire grimper la part de l’industrie manufacturière à 12 % du produit intérieur brut d’ici 2030.
Plusieurs leviers doivent porter cette dynamique industrielle. L’exploitation des richesses minières occupe une place centrale, aux côtés du développement de l’agriculture irriguée dans le Sahara.
L’insertion de l’économie algérienne dans les échanges africains constitue un autre axe majeur. La Zone de libre-échange continentale africaine offre en effet un vaste marché à conquérir pour les entreprises locales.
Le tourisme comme nouvelle source de revenus
Le secteur touristique figure lui aussi parmi les priorités du plan. Les autorités visent une contribution de 3 % du PIB à travers cette activité longtemps sous-exploitée.
L’enjeu reste identique pour chacun de ces domaines : générer des exportations, des emplois et des devises. Il s’agit de réduire la vulnérabilité du pays face aux fluctuations des cours pétroliers.
Solaire et hydrogène pour préparer l’après-pétrole
Le volet énergétique représente le deuxième grand chantier de cette transformation. Fort d’un ensoleillement exceptionnel, le pays veut accélérer massivement son virage vers les énergies renouvelables.
Le programme national fixe un cap précis : atteindre 15 000 mégawatts de capacités renouvelables d’ici 2035. Ce déploiement solaire pourrait profondément modifier le mix énergétique algérien dans la prochaine décennie.
En parallèle, l’Algérie prépare l’émergence d’une filière dédiée à l’hydrogène renouvelable. Une stratégie nationale a été adoptée pour structurer progressivement ce secteur naissant et prometteur.
Le potentiel solaire du Sahara, associé à la proximité du marché européen, constitue un atout considérable. À long terme, l’hydrogène vert pourrait devenir un relais énergétique et industriel majeur pour le pays.
Le dessalement, un chantier stratégique face à l’eau
La question hydrique représente sans doute le défi le plus pressant de cette feuille de route. Confronté à un stress hydrique croissant, le pays multiplie la construction de stations de dessalement.
L’objectif est ambitieux : porter les capacités de production à près de 5 millions de mètres cubes par jour d’ici 2030. Cette course au dessalement traduit l’urgence d’une situation aggravée par les sécheresses répétées au Maghreb.
La réutilisation des eaux usées comme complément
La stratégie ne s’appuie pas uniquement sur les ressources maritimes. Le recyclage des eaux usées épurées doit également connaître une forte progression dans les années à venir.
Ces volumes retraités seraient notamment destinés à l’agriculture, gros consommateur d’eau. L’Algérie ambitionne d’atteindre 60 % de réutilisation des eaux épurées d’ici 2030, allégeant ainsi la pression sur les nappes conventionnelles.
Jeunes et femmes au cœur du chantier social
Enfin, cette mutation économique doit s’accompagner d’une meilleure inclusion sur le marché du travail. Les autorités érigent l’emploi, l’entrepreneuriat et l’insertion des jeunes en priorités des prochaines années.
La même ambition concerne les femmes, dont la participation reste largement insuffisante. Leur taux d’emploi, évalué à 17,8 % en 2024, devrait grimper à au moins 25 % à l’horizon 2030.
L’objectif dépasse donc le seul cadre économique pour toucher la dimension sociale. Il vise à élargir la population active, à encourager la création d’entreprises et à faire de ces grands projets un vivier d’emplois durables.
À travers ces cinq chantiers, l’Algérie tente de conjuguer transition énergétique, sécurité hydrique et diversification productive. La réussite de ce pari conditionnera en grande partie la trajectoire économique du pays dans la décennie à venir.