L’Algérie vient de réaliser un nouvel achat massif de blé tendre sur les marchés internationaux, confirmant la dépendance persistante du pays aux importations céréalières. L’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a acquis 670 000 tonnes de blé meunier lors d’un appel d’offres passé cette semaine. Cette opération intervient paradoxalement au moment où la campagne agricole 2025-2026 s’annonce comme l’une des meilleures depuis plusieurs années.
Un achat de 670 000 tonnes de blé meunier à près de 270 dollars la tonne
L’OAIC a finalisé l’acquisition de 670 000 tonnes de blé tendre à un prix compris entre 268 et 270 dollars la tonne, coût et fret inclus. Des négociants spécialisés en céréales ont confirmé la transaction, précisant que l’appel d’offres avait été lancé le jour précédent. Ce volume représente une commande d’envergure sur le marché mondial du blé meunier. Les livraisons sont prévues en deux tranches au mois de juillet prochain : une première entre le 1er et le 15, et une seconde entre le 16 et le 31. Ce calendrier serré témoigne de l’urgence d’approvisionner les stocks nationaux avant la période estivale.
L’origine géographique de ce blé n’a pas été officiellement communiquée par l’OAIC. Toutefois, plusieurs opérateurs du marché céréalier estiment qu’une fraction significative de cette cargaison devrait provenir de la région de la mer Noire, notamment d’Ukraine ou de Russie. Ces deux pays figurent parmi les principaux fournisseurs mondiaux de blé tendre à prix compétitif. L’Algérie diversifie régulièrement ses sources d’approvisionnement pour sécuriser ses importations. La région pontique reste néanmoins incontournable dans sa stratégie d’achat, en raison des volumes disponibles et de la compétitivité des prix proposés.
Près de 3 millions de tonnes de blé importées depuis le début de l’année
Avec cette nouvelle acquisition, le cumul des importations algériennes de blé depuis janvier 2026 avoisine les 3 millions de tonnes. Ce niveau élevé reflète une politique d’approvisionnement proactive, destinée à garantir la sécurité alimentaire d’une population de plus de 45 millions d’habitants. Le blé constitue en effet la base de l’alimentation quotidienne en Algérie, entre pain, semoule et pâtes. Ces volumes importés pèsent lourd sur la balance commerciale du pays, même si l’État subventionne en partie le prix des céréales pour les consommateurs. Réduire cette facture importatrice est un objectif affiché depuis plusieurs années par les autorités algériennes.
L’ironie de la situation réside dans le fait que ces achats massifs coïncident avec le lancement de la campagne de récolte sur le territoire national. Les conditions climatiques favorables enregistrées cette saison laissent présager des rendements supérieurs à la moyenne dans plusieurs wilayas productrices. Plus de 1 100 moissonneuses-batteuses ont été mobilisées pour mener à bien les opérations dans les délais.
Malgré ces perspectives encourageantes, la production locale reste structurellement insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins du pays. Selon le département américain de l’Agriculture (USDA), la production algérienne de blé devrait progresser de 7 % en 2025-2026, pour atteindre environ 3,2 millions de tonnes. Ce chiffre reste bien en deçà de la consommation nationale annuelle estimée.
Le Sud algérien, levier stratégique pour l’autosuffisance céréalière
Face à cette dépendance aux importations, l’Algérie a engagé depuis plusieurs années un ambitieux programme d’extension des surfaces agricoles dans le Sahara. Des milliers d’hectares ont été mis en valeur grâce à des techniques d’irrigation par pivot, exploitant les nappes phréatiques fossiles du sous-sol algérien. Cette stratégie permet de s’affranchir en partie des aléas pluviométriques qui fragilisent chaque année les récoltes au nord du pays.
Dans les régions septentrionales, les rendements céréaliers restent étroitement liés aux précipitations hivernales et printanières. Le moindre déficit pluviométrique peut réduire drastiquement les volumes récoltés. L’extension agricole saharienne vise précisément à stabiliser la production nationale sur le long terme.
La stratégie algérienne pour atteindre la souveraineté alimentaire en matière de céréales progresse, mais reste confrontée à des défis structurels importants. Si les investissements dans le Sud portent leurs fruits progressivement, les importations massives de blé tendre devraient rester une réalité pour encore plusieurs années. La conciliation entre production locale en hausse et approvisionnement extérieur sécurisé demeure au cœur de la politique agricole du pays.