Assurances en Algérie : la sous-tarification menace le secteur. Impayés records et appel urgent à une réforme structurelle.
Assurances en Algérie : Hassen Khelifati alerte sur les dangers de la sous-tarification
Hassen Khelifati, dirigeant d’Alliance Assurances, exhorte à mettre fin à la pratique de la sous-tarification des primes d’assurance en Algérie, jugeant cette situation comme « un développement risqué ». Selon lui, bien qu’elle puisse paraître comme un moyen concurrentiel à court terme, elle fragilise la solidité financière des compagnies et compromet l’équilibre du marché. Il soutient qu’une réforme structurelle est cruciale pour assurer l’avenir du secteur de l’assurance dans le pays.
Des impayés alarmants dans le secteur
Pour soutenir son avis, Hassen Khelifati met en exergue le montant exorbitant des impayés par les compagnies d’assurance en Algérie, estimé entre 90 et 130 milliards de dinars (approximativement un milliard de dollars), un chiffre proche du chiffre d’affaires annuel total du secteur. Ce montant représente ce que les compagnies doivent aux assurés algériens. Selon Khelifati, la sous-tarification des risques constitue un « frein » à la croissance du marché de l’assurance, même si celui-ci présente « un potentiel de développement significatif ».
Les conséquences de la sous-tarification
Il explique que cette stratégie consiste à proposer des primes bien en dessous du niveau nécessaire pour couvrir les engagements futurs en termes de sinistres. Bien qu’elle soit justifiée comme une approche commerciale visant à gagner des parts de marché, elle est en réalité une fuite en avant qui met à mal les équilibres techniques du secteur. Le respect de l’équilibre entre les primes perçues et les indemnisations à verser est fondamental en assurance. Lorsque cet équilibre est rompu, cela fragilise non seulement les compagnies, mais altère aussi la confiance des assurés envers le système global.
Hassen Khelifati met également en lumière l’impact négatif de cette situation sur la viabilité financière des assureurs, qui peinent ainsi à faire face à des sinistres importants ou à des séries d’indemnisations inattendues. Il souligne que la course aux prix bas engendre une véritable guerre tarifaire, qui non seulement dévalorise le domaine de l’assurance, mais décourage également l’innovation et la qualité des services offerts.
Trois mesures pour remédier à la situation
Pour sortir de ce qu’il considère comme un piège de sous-tarification, Hassen Khelifati propose trois mesures. La première consiste à établir des tarifs planchers techniques obligatoires, créés sur la base d’études actuarielles approfondies adaptées à chaque secteur. Ces seuils minimums, réglementés et définis en collaboration avec les acteurs du marché, doivent garantir un niveau de prime en adéquation avec la réalité des risques, et mettre un terme aux dérives tarifaires.
La deuxième mesure prône l’application stricte du principe « no pay, no cover », stipulant qu’aucune couverture d’assurance ne doit être offerte sans paiement effectif de la prime. Enfin, il recommande de renforcer le contrôle sur les assurances obligatoires, notamment celles relatives aux risques professionnels des entreprises. Les commissaires aux comptes devraient jouer un rôle plus actif en vérifiant l’existence et la pertinence des couvertures d’assurance des entreprises auditées. Cela renforcerait non seulement la protection des entreprises et de leurs parties prenantes, mais aussi l’élargissement de la base assurantielle et une gestion des risques plus efficace au sein de l’économie.
Hassen Khelifati conclut que sortir de la sous-tarification est une nécessité, non seulement pour le bénéfice des assureurs, mais également comme condition indispensable pour construire un marché de l’assurance plus robuste, crédible et capable de soutenir le développement économique de l’Algérie. En résumé, les compagnies d’assurance offrent des tarifs bas pour attirer de nouveaux clients, mais elles trouvent ensuite des difficultés à indemniser en cas de sinistre, en raison de moyens financiers limités.