La banane algérienne pourrait-elle bientôt rivaliser avec les agrumes, pourtant emblématiques de la région de Blida ? Alors que ce fruit tropical voit son prix grimper jusqu’à des sommets inédits et devient rare sur les marchés, une exploitation agricole de Mouzaïa, dans cette wilaya du nord du pays, en produit en quantité étonnante. Un pari agricole qui intrigue autant qu’il séduit.
Une culture de banane qui défie la tradition des agrumes à Blida
La wilaya de Blida est historiquement associée à ses vergers d’oranges, de mandarines et de citrons. Pourtant, c’est désormais la banane qui tente de s’y faire une place inattendue. Sur un terrain où l’on s’attendrait à voir pousser des agrumes, des régimes de bananes mûrissent sous le soleil algérien.
Cette diversification agricole marque une rupture avec les habitudes de production locales. L’initiative illustre la volonté de certains exploitants d’explorer de nouvelles filières, dans un contexte où le fruit exotique se fait de plus en plus désirable sur les étals.
Une visite officielle qui salue l’expérience de Mouzaïa
L’exploitation, implantée dans la commune de Mouzaïa, a récemment accueilli les représentants de la Chambre d’agriculture de Blida. Ces derniers sont ressortis conquis par cet investissement qui sort des sentiers battus.
« La visite d’aujourd’hui ne s’est déroulée ni en Équateur ni aux Philippines. Elle a eu lieu dans la commune de Mouzaïa, chez Ahmed Baraka, sur l’exploitation Halifi Ali n° 06, où la banane est produite selon des normes internationales », s’est réjouie l’institution à l’issue de la rencontre.
Les responsables présents sur le terrain
La délégation était conduite par le président de la Chambre d’agriculture de Blida, Brahim Belhadef. À ses côtés figuraient le secrétaire général, Mohamed Hand, ainsi que Djebbar Rachid, membre du conseil d’administration.
Le président de l’association de développement rural, Benaouda Mohamed, complétait cette visite officielle. Leur présence témoigne de l’intérêt institutionnel suscité par cette production atypique dans la région.
De la banane produite à Blida : une réussite saluée
Les représentants de la Chambre d’agriculture n’ont pas tari d’éloges sur cette initiative. Selon eux, l’exploitation respecte les standards internationaux de la culture bananière, dans une wilaya pourtant réputée pour ses agrumes.
L’organisme a qualifié le projet d’« expérience unique en son genre », évoquant une « réussite remarquable tant sur le plan de la quantité que de la qualité ». Un satisfecit qui place ce fruit exotique au centre de l’attention agricole locale.
Une production bananière entourée de nombreuses zones d’ombre
Malgré l’enthousiasme affiché, de nombreuses interrogations demeurent. Aucun chiffre concret n’a en effet accompagné cette communication élogieuse sur la culture de la banane à Blida.
Les surfaces consacrées à cette plantation ainsi que les volumes récoltés n’ont pas été dévoilés. Ce manque de données rend difficile toute évaluation réelle de la viabilité économique du projet.
La question cruciale de l’eau laissée de côté
Le point le plus sensible n’a pas été évoqué : la forte consommation d’eau qu’exigent les bananiers. Cette plante tropicale réclame des ressources hydriques considérables, un enjeu majeur dans un pays confronté au stress hydrique.
Dans un contexte où la gestion de l’eau constitue un défi stratégique pour l’agriculture algérienne, ce silence interpelle. La durabilité d’une telle culture dépend en grande partie de sa capacité à concilier rendement et préservation des ressources.
Un symbole des mutations de l’agriculture algérienne
Au-delà du cas particulier de Mouzaïa, cette expérience illustre une tendance plus large. L’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux importations de fruits exotiques en développant des productions locales.
La flambée des prix de la banane sur le marché national rend ces initiatives d’autant plus séduisantes aux yeux des investisseurs. La demande reste forte, tandis que l’offre importée se raréfie et coûte de plus en plus cher.
L’arrivée de la banane dans le royaume des agrumes de Blida incarne une audace agricole encourageante mais encore fragile. Si l’expérience de Mouzaïa suscite l’optimisme, sa réussite durable dépendra de réponses claires aux enjeux économiques et hydriques, aujourd’hui laissés en suspens.


