À El Ancer, dans la wilaya de Jijel, une histoire sort complètement de l’ordinaire : une petite fille fréquente seule son établissement scolaire. Elle est l’unique élève de toute l’école primaire, où quelques enseignants viennent lui dispenser les cours à tour de rôle. Un cas insolite qui a ému les réseaux sociaux algériens.
Le scénario semble tout droit sorti d’un récit improbable. Imaginez une classe vide, des couloirs silencieux, aucun camarade de jeu, aucun directeur à l’horizon. Pourtant, c’est bien la réalité que vit Nihad, écolière de cinquième année primaire, dans ce village de l’est algérien.
L’affaire a été rendue publique par une vidéo partagée en ligne. On y voit un père de famille, entouré de ses deux jeunes enfants, une fille et un garçon, raconter calmement le parcours du combattant qu’il mène depuis des mois.
Jijel : l’étrange cas d’une école avec une seule élève
L’homme se nomme Hamza Bousbaa. Il se filme devant l’école primaire que fréquente sa fille Nihad, scolarisée en solitaire en cinquième année. Il rappelle d’emblée que l’établissement porte le nom de son grand-père, Bousbie Embarek, et brandit une médaille ayant appartenu à ce moudjahid.
Après avoir, selon ses dires, frappé à toutes les portes sans succès, ce père exaspéré s’adresse directement au wali de Jijel. Il espère ainsi trouver une oreille attentive pour débloquer une situation qui dure depuis trop longtemps.
Le cœur du problème ? L’administration a refusé d’inscrire son fils en première année de primaire. Le motif avancé : l’établissement serait voué à fermer prochainement ses portes.
Un refus d’inscription difficile à comprendre
Dans son message, le père détaille les démarches entreprises. « Monsieur le wali, j’ai un différend avec le directeur de l’éducation de Jijel et le chef de la daïra d’El Ancer », explique-t-il. Lorsqu’il a voulu inscrire son fils Mohamed Zakaria, en âge d’aller à l’école, on lui a répondu qu’aucune classe de primaire n’existait dans cet établissement.
Il s’est alors tourné vers le président de l’APC d’El Ancer, qui lui a tenu le même discours. Face à ce qu’il juge absurde, il interroge : « L’école Bousbie Embarek fait pourtant bien partie de la commune d’El Ancer, non ? »
Le père pointe une contradiction flagrante dans l’argumentaire officiel. « Ma fille suit les cours dans cette même école en dernière année de primaire, et on me dit qu’il n’y a pas de place en première année ! », s’étonne-t-il, incapable de saisir la logique administrative.
« Allez inscrire vos enfants ailleurs » : le bras de fer avec l’administration
Le différend remonte à trois ans, de l’aveu même du père de famille. Les services de l’éducation lui demandent de transférer ses enfants vers un autre établissement afin de procéder à la fermeture définitive de l’école du village.
Mais pour Hamza Bousbaa, cette solution ne tient pas la route. « L’école la plus proche est à trois kilomètres de chez moi, par une route totalement déserte », déplore-t-il. Pris par son travail, il affirme ne pas pouvoir assurer les allers-retours matin, midi et soir pour accompagner ses enfants.
Il va plus loin dans ses revendications et son incompréhension. « Qu’on me propose alors un logement près de cette autre école ! Et pourquoi avoir lancé des travaux de rénovation si c’était pour tout abandonner derrière ? Pourquoi dépenser cet argent pour rien ? », lance-t-il, furieux.
C’est un véritable affrontement, un pot de terre contre un pot de fer. Refusant de changer sa fille d’école durant sa dernière année avant le collège, le père a maintenu Nihad sur place. Voilà pourquoi la fillette se retrouve aujourd’hui seule dans tout l’établissement.
Une petite fille au cœur d’un conflit d’adultes
Dans la vidéo, Nihad apparaît sereine. Vêtue d’une blouse rose, elle rentre tranquillement chez elle après sa journée de classe. Son sourire est éclatant, et elle ne semble nullement troublée par le caractère exceptionnel de sa scolarité solitaire.
Interrogée, la fillette fait preuve d’une belle assurance. « Je travaille très bien et je veux devenir professeure de mathématiques plus tard », confie-t-elle avec enthousiasme, imperturbable face à cette situation hors du commun.
Une enfant seule dans une école entière, un petit garçon privé de place en classe de primaire, un père qui réclame simplement le droit de scolariser ses enfants près de leur domicile : voilà le nœud d’un blocage administratif qui attend toujours une issue. Une résolution rapide serait bénéfique pour l’équilibre de ces deux enfants pris en otage par un conflit qui les dépasse.




