Le marché noir de l’euro en Algérie affiche un écart record avec le taux officiel, une situation qui inquiète de nouveau le Fonds monétaire international. Dans son rapport 2026 consacré au pays, publié le 21 septembre, l’institution appelle à davantage de souplesse dans la gestion du taux de change. L’objectif : rétrécir la prime du circuit informel et rendre le marché officiel des devises plus fonctionnel.
Pour les citoyens, cet écart n’a rien d’abstrait. Le mercredi 23 septembre 2026, la Banque d’Algérie affichait un euro à 153,19 dinars à l’achat et 153,23 DA à la vente, selon sa cotation commerciale. Au même moment, la devise européenne s’échangeait autour de 275 DA à l’achat et 277 DA à la vente sur le marché parallèle.
La différence frôle donc 124 dinars par euro. Concrètement, 100 euros valent environ 15 323 DA au taux officiel, contre 27 700 DA dans l’informel. Pour 1 000 euros, l’écart théorique atteint près de 124 000 DA. Rapportée au cours bancaire, la prime du marché noir dépasse ainsi les 80 %.
Le FMI ne réclame pas une dévaluation chiffrée du dinar
Il convient de le préciser d’emblée : l’institution de Washington ne fixe aucun nouveau taux pour la monnaie algérienne. Elle ne demande pas non plus de porter l’euro à 200, 250 ou 277 DA dans le circuit bancaire. Son message porte plutôt sur la nécessité d’un régime de change plus flexible.
Selon le Fonds, cette évolution aiderait l’économie nationale à mieux encaisser les chocs venus de l’extérieur. Elle contribuerait aussi à réduire le fossé qui sépare le taux officiel du marché parallèle. La recommandation vise donc un mécanisme d’ajustement, et non une valeur précise imposée du jour au lendemain.
L’organisation insiste également sur l’amélioration du marché officiel des changes. L’idée est de faciliter l’accès légal aux devises pour, à terme, affaiblir l’attrait du circuit informel. Le sujet dépasse largement le seul cours de l’euro. Il concerne directement les voyageurs, les familles de la diaspora, les entreprises importatrices et tous les particuliers en quête de monnaie étrangère.
Une croissance qui se maintient malgré les fragilités
Le diagnostic du FMI ne se limite pas à la question du dinar. L’économie algérienne a enregistré une croissance réelle estimée à 3,9 % en 2025, contre 3,7 % l’année précédente. Pour 2026, les experts anticipent encore une progression de 3,8 %.
Plusieurs déséquilibres persistent toutefois. Le déficit budgétaire pesait encore 10,5 % du PIB en 2025, malgré un léger recul. Quant à la dette publique, elle a grimpé à 52,1 % du PIB, d’après les conclusions de la mission conduite à Alger entre le 16 et le 30 juin.
L’inflation, un signal à surveiller
La hausse des prix constitue un autre point de vigilance. Après un recul marqué à -2 % en septembre 2025, l’inflation est remontée à 5,2 % en avril 2026. Cette reprise s’explique notamment par la fin de la baisse des prix alimentaires et par la flambée des bijoux, portée par l’envolée du cours de l’or.
Le compte courant s’est par ailleurs nettement dégradé en 2025. Cette détérioration résulte d’une progression des importations couplée à un repli des exportations d’hydrocarbures. Le Fonds relève dans le même temps une baisse sensible des réserves internationales du pays.
Pourquoi le marché parallèle des devises reste si vigoureux
Pour les experts de l’institution, l’écart entre les deux marchés ne peut être analysé isolément. Les besoins massifs de financement public, le recours accru de l’État au financement de la Banque d’Algérie et une forte demande de devises pèsent lourdement sur l’environnement monétaire.
Résultat : la prime du marché noir s’est encore élargie ces derniers mois. Le phénomène apparaît de façon frappante avec l’euro. À 277 DA dans l’informel contre environ 153 DA dans les banques, une même devise se voit attribuer deux valeurs radicalement opposées.
Pour les autorités, le défi consistera à réduire cette fracture sans déclencher de choc brutal sur les prix ou le pouvoir d’achat. Le Fonds plaide donc pour une transition graduelle : plus de flexibilité du dinar, un marché officiel des changes plus efficace, une politique monétaire orientée vers la stabilité des prix et un assainissement progressif des finances publiques.
En définitive, la question du taux de change dépasse largement le seul cours de l’euro au marché noir. Elle cristallise l’ensemble des tensions économiques que traverse l’Algérie. La réussite d’une éventuelle réforme dépendra de sa capacité à réduire l’écart tout en préservant la stabilité sociale.




