La tentative de coup d’État au Niger place à nouveau la France au cœur des accusations de Niamey. Le gouvernement de transition dirigé par Abdourahamane Tiani affirme qu’une opération de déstabilisation étrangère visait à renverser le pouvoir en place. Ce dossier s’inscrit dans un climat de tensions extrêmes entre les autorités nigériennes et l’ancienne puissance coloniale.
Ce que Niamey reproche à la France dans le putsch avorté
Les responsables nigériens désignent directement Paris et Emmanuel Macron comme les instigateurs présumés de cette tentative de renversement. Selon eux, l’opération aurait été planifiée et appuyée depuis l’extérieur du pays.
Cette accusation intervient dans un contexte de rupture profonde entre les deux États. Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, les relations franco-nigériennes se sont considérablement dégradées, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
Une action menée depuis la base 100
D’après les informations officielles, le mouvement séditieux impliquait un groupe de soldats stationnés à la base 100. Ce site se trouve à proximité de l’aéroport international Diori-Hamani, dans la capitale nigérienne.
Plusieurs dizaines de militaires arrêtés ont ensuite été présentés devant les caméras de la télévision d’État. Cette mise en scène visait à démontrer l’ampleur des interpellations menées après l’échec de l’opération.
Guerre de l’information et déstabilisation présumée
Dans un reportage diffusé sur ses ondes, la chaîne publique a explicitement accusé la France d’avoir orchestré ce complot. Le régime de transition insiste sur le rôle attribué à l’ancienne métropole dans cette affaire.
Les autorités dénoncent également une campagne coordonnée sur les réseaux sociaux durant la crise. Elles y voient une manœuvre de guerre psychologique destinée à semer le trouble au sein de la population.
Pour Niamey, ces messages relayés en ligne participaient d’une stratégie visant à fragiliser l’unité nationale. L’objectif présumé aurait été de créer un climat de panique favorable au basculement.
Une confrontation ouverte avec les puissances occidentales
Le pouvoir en place replace cette tentative de putsch dans un affrontement plus large avec les acteurs occidentaux. Depuis l’installation du CNSP, la logique de souveraineté est devenue un axe central du discours officiel.
Les nouvelles autorités ont exigé le départ des troupes françaises et ordonné la fermeture de plusieurs installations militaires étrangères. Cette décision a marqué un tournant dans la politique de défense du pays sahélien.
Parmi les sites concernés figurent la base aérienne 201 d’Agadez, dédiée aux drones américains, et la base 101 de Niamey. Cette dernière était auparavant utilisée par les forces armées françaises déployées dans la région.
L’uranium au centre du bras de fer avec Paris
Le dossier minier constitue l’un des principaux points de friction entre le Niger et la France. Le contrôle des ressources en uranium cristallise les enjeux économiques et stratégiques de cette rupture.
Niamey a lancé un processus de reprise en main des activités du groupe français Orano dans le nord du territoire. Les sites d’Imouraren et la mine de Somair sont directement visés par cette volonté de réappropriation nationale.
Le rôle historique de Cominak
Les responsables nigériens rappellent le poids de la société Cominak dans l’histoire de l’exploitation minière du pays. Cette entreprise a longtemps alimenté le parc nucléaire français en uranium extrait du sous-sol nigérien.
Ce rappel vise à illustrer la dépendance énergétique passée de Paris vis-à-vis des ressources locales. Il nourrit le discours de reconquête des richesses nationales porté par le pouvoir de transition.
Le précédent des attaques terroristes invoqué par Niamey
Pour appuyer ses accusations, le régime évoque un antécédent qu’il juge révélateur d’une stratégie française plus vaste. Deux attaques meurtrières attribuées à Daech avaient visé l’aéroport de Niamey en janvier puis en juin.
À la suite de ces attentats, Abdourahamane Tiani avait déjà mis en cause la France et son président. Il accusait Paris de financer, d’armer et d’entraîner des groupes terroristes actifs dans la région.
Ces camps seraient, selon lui, liés aux services de renseignement français implantés au Bénin voisin. Cette accusation renforce, pour Niamey, la cohérence entre les attentats passés et la récente tentative de coup d’État.
La crainte d’un « scénario soudanais » aux portes du Sahel
Les médias nigériens décrivent une manœuvre destinée à exploiter d’éventuelles divisions internes à l’armée. L’objectif présumé aurait été d’opposer la garde présidentielle à l’état-major pour déclencher un affrontement.
Ce risque est comparé à un « scénario soudanais », en référence à la guerre entre factions militaires rivales. Les autorités craignent qu’une telle fracture ne plonge le pays dans un chaos durable.
Pour le pouvoir de transition, cette opération visait à briser le processus d’émancipation engagé face à la France. Elle chercherait aussi à empêcher le Niger de nouer de nouveaux partenariats avec d’autres puissances et ses voisins.
La tentative de putsch au Niger illustre l’intensité de la crise entre Niamey et Paris. Entre enjeux miniers, souveraineté militaire et accusations d’ingérence, le pays sahélien affirme sa volonté de reconfigurer ses alliances. La suite de ce dossier dépendra des preuves avancées et de la réaction des acteurs internationaux impliqués.

