Arrivé clandestinement en Belgique après un long périple par la Turquie et la Grèce, un Algérien y a bâti un véritable empire commercial. Son parcours, marqué par la précarité puis la réussite, illustre une ascension entièrement fondée sur le travail et la ténacité. Interrogé par le globetrotteur algérien Mehdi Chettah, il revient sans fard sur son itinéraire.
Un long périple vers la Belgique
Avant de poser ses valises en Belgique, Hani a traversé plusieurs pays européens durant deux années éprouvantes. Son voyage a débuté en Turquie, s’est poursuivi par la Grèce, puis à travers l’Europe jusqu’à sa destination finale.
« Je suis arrivé clandestinement. Ensuite, je me suis rendu chez mon oncle, où je suis resté quelque temps », confie-t-il face caméra. C’est à Charleroi qu’il trouve d’abord refuge, hébergé par un membre de sa famille.
Le récit de cette traversée dit tout de la difficulté du parcours. Mehdi Chettah souligne que Hani, parti de si loin, « a porté les mêmes chaussures pendant deux ans ». Une image forte qui résume ses conditions de vie précaires à l’époque.
Des débuts modestes dans la restauration rapide
Après son passage à Charleroi, Hani s’installe à Boussu, petite commune située non loin de Mons. C’est là qu’il fait ses premiers pas dans le monde du travail, dans un secteur qui deviendra le pilier de sa réussite.
Chaque jour, il stationne devant un restaurant de kebab turc, prêtant main-forte au patron à l’occasion. Sa persévérance finit par payer : il décroche un emploi dans cet établissement, première marche d’une longue ascension.
Six mois sans rémunération pour apprendre le métier
Les débuts se révèlent particulièrement rudes. Pendant six mois, Hani travaille sans percevoir le moindre salaire, essuyant même des critiques sur son manque de rapidité.
« J’étais là pour apprendre le métier », justifie-t-il aujourd’hui, sans amertume. Cette phase d’apprentissage, aussi ingrate soit-elle, lui permet d’acquérir les compétences qui feront plus tard sa fortune.
La première friterie, point de départ de la réussite
À force d’économies patiemment accumulées, Hani parvient enfin à louer son propre local. Il y ouvre une friterie, respectant ainsi une tradition typiquement belge et très ancrée dans les habitudes locales.
L’aventure commerciale démarre sous de bons auspices. Ses anciens collègues viennent le rejoindre dans cette nouvelle entreprise, et l’affaire prospère rapidement. « Les affaires marchent bien », résume-t-il simplement.
Un empire commercial concentré dans une seule rue
Ce premier succès ouvre la voie à une stratégie d’expansion bien plus ambitieuse. Hani multiplie les initiatives, ouvrant tour à tour des sandwicheries puis rachetant plusieurs commerces et immeubles à Boussu.
Peu à peu, ses enseignes se regroupent le long d’une même artère. Parmi elles figure la friterie B&B Express, honorée par la ville qui l’a désignée « meilleure friterie » du secteur, une reconnaissance officielle de son savoir-faire.
Une supérette qui emploie de nouveaux arrivants algériens
L’entrepreneur ne se limite pas à la restauration rapide. Il noue un partenariat avec la franchise néerlandaise Spar et ouvre une supérette dans le quartier, diversifiant ainsi ses activités.
Fidèle à ses origines, Hani choisit d’y employer des Algériens fraîchement débarqués et à la recherche d’un emploi. Une manière de tendre la main à ceux qui traversent aujourd’hui les difficultés qu’il a lui-même connues.
Au fil des années, cet Algérien d’origine kabyle a investi dans tant de commerces qu’il possède désormais l’ensemble d’une rue. Les passants s’y déplacent d’une boutique à l’autre, toutes détenues par le même homme.
La réussite sans oublier ses racines
Lors de la visite filmée par Mehdi Chettah, l’entrepreneur présente sa Porsche récemment acquise. Ce signe extérieur de réussite ne semble toutefois pas être ce dont il tire le plus de fierté.
Hani préfère insister sur le chemin parcouru, depuis son arrivée clandestine jusqu’à son statut d’homme d’affaires accompli. Pour lui, c’est ce trajet qui compte réellement, bien plus que les symboles matériels.
À l’attention des jeunes Algériens tentés par l’expatriation, il livre un message dénué d’ambiguïté. « Aujourd’hui, il faut venir avec les papiers, c’est tout. Les choses ont changé », prévient-il, conscient que les conditions de migration ne sont plus les mêmes.
Le parcours de Hani rappelle que la réussite peut naître des débuts les plus modestes, à condition d’y consacrer effort et persévérance. Son histoire, désormais partagée sur les réseaux, résonne comme un témoignage lucide sur les défis de l’expatriation aujourd’hui.