Le 24 août, la chaîne Telegram du groupe a diffusé l’identité de dizaines de milliers d’agents de sécurité et de renseignement du royaume. Selon les auteurs de la fuite, ces personnels auraient participé à travers l’Europe à des « missions de renseignement les plus sordides ». Une publication d’une ampleur inédite pour les services chérifiens.
Cyberattaque de Jabaroot : Abdellatif Hammouchi visé de plein fouet
Cette fuite massive constitue un revers majeur pour l’appareil sécuritaire marocain. En première ligne figure Abdellatif Hammouchi, à la tête à la fois de la police et du renseignement intérieur du royaume. Son nom apparaît lui-même parmi les 70 000 identités divulguées par le groupe.
D’après les informations relayées par la presse française, cette attaque informatique est décrite comme « sans précédent ». Elle viserait tout particulièrement le patron de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), surnommé le « superflic » du roi.
L’aspect le plus sensible de cette divulgation tient à la nature des données exposées. Les informations personnelles de Hammouchi, mais aussi de plusieurs directeurs régionaux et chefs de départements, se retrouvent publiques pour la première fois. Sont concernés les services de l’antiterrorisme, du contre-espionnage, des opérations, des ressources humaines ou encore des budgets.
La piste algérienne écartée : d’anciens espions marocains derrière Jabaroot
C’est là que se situe le tournant de cette affaire. Selon des sources citées par les médias, la fuite de lundi dernier ne proviendrait pas d’Algérie, mais bien de cinq anciens agents de la DGST, le service de renseignement intérieur du Maroc.
Ce groupe se composerait de quatre officiers et d’un commissaire. Tous auraient rompu avec la Direction générale de la surveillance du territoire avant de trouver refuge en Europe, où ils se sont exilés à la suite de désaccords avec leur hiérarchie.
Des revendications tournées contre la hiérarchie sécuritaire
Ces ex-membres des services réclament désormais un remaniement à la tête des institutions sécuritaires du royaume. Ils dénoncent notamment un « usage abusif des informations à caractère personnel » lors des interceptions téléphoniques et des enquêtes de terrain auxquelles ils affirment avoir contribué.
Cette version change radicalement la lecture de l’événement. Loin d’une offensive extérieure, il s’agirait d’un conflit interne, révélant de profondes tensions au sein même des rouages du renseignement marocain.
« Le roi doit limoger Hammouchi » : la menace de Jabaroot
La révélation remet donc sérieusement en cause l’origine algérienne attribuée à cette dernière opération. Elle met surtout en lumière des luttes intestines qui secouent en profondeur les services de sécurité du royaume, jusqu’ici présentés comme un bloc uni.
Ces anciens espions ne se contentent pas de dénoncer. Ils exigent le départ de Hammouchi et menacent d’aller plus loin. En cas de refus, ils promettent de dévoiler l’identité des agents impliqués dans le passage de plus de 70 000 migrants vers Ceuta, à la fin du mois de juillet.
« Le roi doit limoger Hammouchi », a averti le collectif dans sa publication sur Telegram. Le groupe menace de rendre publics des « ordres de mission d’agents » qui seraient, selon lui, liés au drame de Ceuta, à l’origine d’une lourde crise migratoire en Europe.
Cette affaire illustre l’ampleur des fractures qui traversent aujourd’hui l’appareil sécuritaire marocain. Au-delà de la question de la cybersécurité, elle pose la question de la stabilité interne des services de renseignement du royaume et de l’avenir de leur figure la plus emblématique.

