Le gaz algérien s’apprête à jouer un rôle accru dans la stratégie énergétique de la Turquie. Ankara envisage en effet de relever fortement ses achats annuels d’hydrocarbures auprès d’Alger. Actuellement établis à 4,4 milliards de mètres cubes, ces volumes pourraient grimper à une fourchette comprise entre 6 et 6,5 milliards de mètres cubes.
Un nouvel accord gazier en négociation entre Alger et Ankara
Le ministre turc de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, a confirmé l’existence de discussions en vue d’un contrat inédit avec l’Algérie. L’entente en vigueur lie la compagnie nationale Sonatrach au groupe énergétique turc BOTAŞ.
Ce contrat, qui garantit la livraison de 4,4 milliards de mètres cubes chaque année, doit expirer en septembre 2027. Les deux parties souhaitent donc anticiper cette échéance en scellant un nouvel accord avant la fin de l’année 2026.
Le futur engagement pourrait s’étendre sur une durée de cinq à dix ans. Cette perspective ouvre à l’Algérie l’espoir de sécuriser un débouché énergétique stable et pérenne sur le long terme.
Une progression chiffrée des volumes exportés
Le passage à 6 milliards de mètres cubes correspondrait à une augmentation de 36,4 % par rapport aux quantités livrées aujourd’hui. Un plafond fixé à 6,5 milliards de mètres cubes ferait quant à lui bondir les exportations de près de 47,7 %.
Cette hausse traduit la volonté d’Ankara de renforcer sa relation avec un partenaire nord-africain fiable. Elle s’inscrit dans un contexte où la sécurité des approvisionnements devient une priorité pour de nombreux États importateurs.
Le gaz algérien, un levier stratégique face à la diversification turque
Cette montée en puissance intervient alors que la Turquie multiplie ses sources d’approvisionnement énergétique. Le pays a signé avec l’Iran un accord portant sur 9,6 milliards de mètres cubes annuels.
En 2025, les livraisons de gaz iranien vers la Turquie ont atteint 7,6 milliards de mètres cubes, selon les données disponibles. Si les exportations algériennes montaient à 6,5 milliards de mètres cubes, elles couvriraient environ 85,5 % du volume iranien effectivement reçu cette année-là.
La comparaison illustre le poids croissant de l’Algérie dans l’équilibre énergétique turc. Le royaume gazier maghrébin se positionne ainsi comme une alternative crédible aux fournisseurs traditionnels de la région.
Une porte d’entrée vers l’Europe du Sud-Est
L’intérêt de ce partenariat dépasse largement le seul territoire turc. Une fraction des volumes acheminés vers la Turquie pourrait en effet être redirigée vers les marchés d’Europe du Sud-Est.
La Bulgarie apparaît comme un point de transit privilégié pour ce flux supplémentaire. Cette configuration offrirait à l’Algérie une nouvelle voie pour consolider sa présence sur le continent européen, déjà solide grâce à ses livraisons vers l’Espagne et l’Italie.
Une coopération économique élargie entre les deux pays
Les échanges autour des hydrocarbures s’insèrent dans une relation bilatérale bien plus vaste. Les investissements turcs déployés en Algérie représentent aujourd’hui près de 8 milliards de dollars.
Les entreprises turques ont par ailleurs mené à bien 687 projets sur le sol algérien, pour une valeur estimée à environ 24 milliards de dollars. Ce niveau d’engagement place Ankara parmi les partenaires industriels majeurs du pays maghrébin.
Les deux États affichent une ambition commune : porter leurs échanges commerciaux à 10 milliards de dollars. Ce chiffre marquerait une nette progression par rapport aux 5,6 milliards de dollars enregistrés en 2025.
Vers une collaboration dans l’exploration offshore
Les pourparlers ne se limitent pas aux livraisons de gaz. Ils incluent également une possible alliance entre la compagnie pétrolière turque et Sonatrach.
Cette collaboration porterait sur l’exploration pétrolière et gazière au large des côtes algériennes. Un tel partenariat renforcerait durablement les liens industriels entre les deux capitales.
Un partenariat qui se recentre sur l’énergie et l’industrie
Cette dynamique se déploie dans un contexte commercial contrasté. Les importations algériennes de produits turcs ont en effet reculé de 18,8 % sur les sept premiers mois de 2026, tombant à 1,09 milliard de dollars.
Ce repli suggère une transformation de la nature des relations économiques. Le lien entre Alger et Ankara semble désormais s’orienter vers l’énergie, l’investissement et la production industrielle.
Ce modèle privilégie la coopération de fond plutôt que la simple hausse des flux de marchandises. Il traduit une maturation du partenariat entre les deux nations.
Pour Alger, une croissance soutenue des exportations gazières permettrait de sécuriser un marché stratégique tout en approfondissant les liens avec les acteurs économiques turcs. Pour Ankara, ces volumes additionnels constituent une pièce maîtresse dans sa quête de diversification énergétique. Le dossier gazier apparaît ainsi comme le socle d’une alliance appelée à se renforcer dans les années à venir.