La question d’une éventuelle guerre entre l’Algérie et le Maroc refait surface sous la plume de Boualem Sansal, dans une tribune publiée par un média marocain. L’écrivain, lauréat du Goncourt, y avance l’hypothèse d’une Algérie qui préparerait un affrontement armé contre son voisin. Une thèse qui ne résiste pourtant pas à l’examen des faits.
Une thèse bâtie sur des raccourcis
Le raisonnement avancé repose sur quatre arguments présentés comme autant de preuves accablantes. L’Algérie augmenterait son budget de défense, ce qui signalerait une intention belliqueuse. Elle renforcerait ses frontières, geste interprété comme la préparation d’une offensive.
À cela s’ajoutent le rapprochement diplomatique avec la Tunisie et les tentatives de réconciliation avec le Mali, aussitôt qualifiés de manœuvres visant à constituer un « axe anti-marocain ». Enfin, la désignation du dossier du Sahara comme enjeu de sécurité nationale attesterait, selon l’auteur, d’une mutation de la nature du conflit.
Ce que la tribune passe sous silence
Cette démonstration ignore un fait central : les tensions au Sahara occidental couvent depuis la rupture du cessez-le-feu. Cette rupture a suivi l’entrée de l’armée marocaine dans la zone tampon de Guerguerat, épisode déterminant dans l’escalade régionale.
L’analyse fait également l’impasse sur une réalité élémentaire de toute politique de défense. Le terrorisme, la criminalité organisée, les mouvements migratoires irréguliers et les trafics divers figurent dans les doctrines militaires de tous les États sérieux. Rien d’exceptionnel, donc, à ce que l’Algérie les intègre dans sa planification sécuritaire.
Comparaisons budgétaires trompeuses entre l’Algérie et le Maroc
Opposer les dépenses militaires des deux pays sans tenir compte de leurs différences structurelles fausse toute conclusion. L’Algérie couvre une superficie 5,3 fois supérieure à celle du Maroc, avec des frontières bien plus étendues à surveiller.
À cette immensité territoriale s’ajoutent plusieurs foyers d’instabilité au Sahel, qui imposent une vigilance permanente. Comparer les budgets sans mentionner ces paramètres tient soit de la méconnaissance, soit d’une volonté délibérée d’induire en erreur.
Confondre capacité, posture et intention
L’erreur fondamentale de la tribune consiste à mélanger trois notions distinctes. Une capacité militaire n’équivaut pas à une posture stratégique, laquelle ne se confond pas davantage avec une intention politique offensive.
Une doctrine de sécurité nationale ne constitue en rien un ordre d’invasion. De même, un budget de défense ne saurait être assimilé à un plan opérationnel d’état-major. Ces distinctions élémentaires échappent visiblement à l’auteur.
Une méthode qui relève de la prophétie
Le même procédé se répète à propos de la Tunisie et du Mali. Le moindre rapprochement diplomatique se voit transformé en pièce d’un supposé complot dirigé contre le Maroc. Cette lecture ravit ceux qui perçoivent chez certains commentateurs marocains une véritable obsession du containment.
La démarche procède toujours à l’envers : on formule d’abord une hypothèse, puis on tord chaque fait pour qu’il vienne la confirmer. Ce raisonnement s’apparente davantage à une manipulation qu’à une véritable analyse géopolitique.
La géopolitique façon horoscope
On pourrait qualifier cet exercice de prédiction astrologique appliquée aux relations internationales. On annonce d’abord l’événement, puis on cherche dans les communiqués orientés tout élément permettant de prétendre l’avoir anticipé.
Le comble survient lorsque l’auteur reconnaît lui-même que « personne ne peut aujourd’hui établir » que l’Algérie prépare une guerre. Sonner l’alarme après un tel aveu vire à l’absurde. Une seule question méritait d’être posée avant de crier au danger : où se trouvent les preuves ?
Au terme de cette lecture, l’hypothèse d’une guerre entre l’Algérie et le Maroc apparaît pour ce qu’elle est : une construction sans fondement solide. Faute d’éléments tangibles, l’exercice se réduit à une spéculation habillée en analyse stratégique.