La régularisation des sans-papiers en Espagne a suscité un engouement inattendu au sein de la communauté algérienne. Loin des projecteurs braqués sur la crise de Ceuta, près de 39 949 ressortissants algériens ont déposé un dossier dans le cadre de cette opération extraordinaire. Ce volume, bien supérieur aux estimations, met en lumière une présence algérienne longtemps sous-évaluée sur le sol ibérique.
Une régularisation extraordinaire lancée par Madrid
C’est le gouvernement de Pedro Sánchez qui a dévoilé ce dispositif le 27 janvier 2026, à la faveur d’un accord noué avec Podemos. Le décret royal encadrant la mesure a ensuite été validé par le Conseil des ministres le 14 avril 2026.
Le mécanisme est devenu effectif deux jours plus tard. Les candidats ont pu déposer leurs demandes en ligne dès le 16 avril, tandis que l’accueil physique dans les bureaux de l’immigration a débuté le 20 avril.
Pour prétendre à cette régularisation, les postulants devaient réunir plusieurs critères. Il fallait résider en Espagne avant le 1er janvier 2026, justifier d’au moins cinq mois de présence continue et présenter un casier vierge de toute condamnation.
Selon la filière retenue, les demandeurs devaient également prouver l’exercice d’un emploi, des attaches familiales ou une situation de vulnérabilité reconnue. Une fois le dossier accepté, le droit provisoire de séjourner et de travailler s’ouvre. Un accord définitif accorde ensuite un titre valable un an, avant le passage aux procédures ordinaires du droit espagnol.
Un million de dossiers déposés, bien au-delà des prévisions
Madrid misait au départ sur environ 500 000 bénéficiaires potentiels. La réalité a largement dépassé ce cadre, avec 1 174 978 dossiers enregistrés à la clôture du 30 juin.
Ce bilan, publié le 2 juillet par le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, révèle que 609 737 demandes avaient été admises à l’instruction. À la même date, quelque 11 000 avaient obtenu une réponse favorable définitive, le traitement des dossiers restant en cours.
39 949 demandes algériennes recensées
Avant le lancement de l’opération, les autorités évoquaient environ 17 700 Algériens, une estimation portant sur les ressortissants vivant sans titre de séjour. Ce chiffre a été largement pulvérisé, avec 39 949 demandes finalement déposées par des Algériens.
Ce total place l’Algérie au septième rang des nationalités concernées. Elle se situe loin derrière la Colombie, qui rassemble à elle seule un quart des dossiers, et le Maroc, avec 156 272 demandes, mais devance le Sénégal et ses 34 074 requêtes.
Ce chiffre ne doit pas être confondu avec celui des Algériens déjà établis légalement. Au 31 mars 2026, 67 308 ressortissants disposaient d’un titre de résidence valide, en hausse de 7,5 % sur un an.
L’âge moyen de cette population s’établissait à 37 ans. Les femmes en composaient 36 %, et les moins de seize ans représentaient 16 % de l’ensemble.
Cette affluence démontre que la présence algérienne réelle dépasse largement les registres officiels. Elle confirme aussi que l’Espagne n’est plus un simple couloir vers la France, mais un pays d’installation pérenne pour une partie de ces migrants.
Alicante, cœur de la diaspora algérienne en Espagne
Cet enracinement se lit particulièrement dans la province d’Alicante, qui recensait 19 831 résidents algériens début 2024, soit la septième nationalité étrangère du territoire. Dans la ville même, où les étrangers dépassent 20 % de la population, les Algériens constituent la première communauté extracommunautaire.
Cette densité justifie la présence d’un consulat général, de commerces spécialisés et d’un tissu serré de liens familiaux tournés vers l’Oranie. La proximité géographique alimente ces échanges permanents entre les deux rives.
Alicante est en effet reliée à Oran par avion, en un peu plus d’une heure, mais aussi par des liaisons maritimes régulières. Durant l’été 2026, le port a assuré des départs quotidiens vers Oran et Alger, dans le cadre de l’opération estivale de circulation entre l’Europe et le Maghreb.
Un lien historique entre Alicante et l’Oranie
Cette connexion précède largement les flux migratoires actuels. Dès le XIXe siècle, des habitants de la région d’Alicante s’étaient établis en Oranie.
Après l’indépendance algérienne de 1962, une partie de leurs descendants a emprunté le chemin inverse. Jumelées depuis 1985, Alicante et Oran entretiennent ainsi une relation profondément ancrée dans l’histoire.
Le casier judiciaire, principal obstacle des candidats algériens
Pour beaucoup de demandeurs algériens, le principal écueil a résidé dans l’obtention à temps d’un extrait de casier judiciaire, puis dans sa validation par l’administration espagnole. Le document devait fréquemment être retiré en Algérie par un proche muni d’une procuration, avant traduction et authentification.
Dès février, des centaines de personnes affluaient quotidiennement devant le consulat général d’Algérie à Alicante pour signer ces procurations. L’affluence était telle que la police nationale espagnole y avait déployé des moyens de sécurité.
Le blocage tenait à une contrainte technique. L’Algérie n’étant pas signataire de la Convention de La Haye, les certificats devaient transiter par une légalisation diplomatique gérée par les consulats espagnols.
Fin juin, des avocats exerçant à Valence signalaient un engorgement touchant surtout les ressortissants algériens et cubains. Pour désengorger le circuit, Alger avait ouvert dès février des annexes régionales de légalisation à Oran, Ouargla et Constantine.
Depuis le 9 juillet, l’entrée en vigueur de l’apostille en Algérie remplace désormais cette lourde chaîne de légalisation. Bien que tardive par rapport à la clôture des demandes, cette simplification peut encore aider ceux appelés à compléter leur dossier, l’administration espagnole acceptant les régularisations de pièces jusqu’au 30 septembre.
Cette opération de régularisation illustre l’évolution du rôle de l’Espagne, devenue terre d’ancrage pour une part croissante de la diaspora algérienne. Les chiffres révélés confirment une dynamique migratoire durable, appelée à peser sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée dans les années à venir.