Le transfert illicite de devises à l’aéroport d’Alger se retrouve au cœur d’un dossier judiciaire d’envergure examiné par le tribunal de Dar El Beïda. Douze personnes comparaissent dans cette affaire qui révèle l’existence d’un réseau tentaculaire mêlant trafic d’or, blanchiment de capitaux et contrebande entre l’Algérie et la Turquie. Les investigations ont dévoilé un dispositif clandestin particulièrement rodé.
Selon les éléments réunis par les services de sécurité, ce système reposait sur des techniques élaborées destinées à faire sortir illégalement métaux précieux et monnaies étrangères hors du territoire national. L’enquête a également mis en lumière des complicités présumées au sein même de l’aéroport international Houari-Boumédiène, facilitant le contournement des contrôles douaniers et sécuritaires.
Une saisie spectaculaire déclenche l’affaire des devises à l’aéroport d’Alger
Tout commence le 19 février 2025. Un voyageur sur le point d’embarquer à bord d’un vol Turkish Airlines vers Istanbul est intercepté au niveau de la porte d’embarquement de l’aéroport algérois.
Lors du contrôle, les agents de police mettent la main sur quatorze lingots d’or totalisant 9,59 kilogrammes. Le précieux chargement était habilement caché dans un corset médical, des habits et une paire de baskets. Sa valeur avoisinait les 15 milliards de centimes.
Dans le même temps, plusieurs sommes en monnaies étrangères non déclarées sont découvertes sur le passager. On y trouve plus de 10 000 euros, 3 065 livres turques, 200 livres sterling, 400 livres égyptiennes, 200 riyals saoudiens ainsi que 700 dirhams émiratis. Cette saisie a servi de point de départ à une vaste opération d’investigation.
Un réseau organisé entre l’Algérie et Istanbul
Les recherches, prises en charge par le Service central de lutte contre la criminalité organisée, ont vite prouvé que l’homme interpellé ne travaillait pas isolément.
D’après ses aveux, il se procurait de l’or usagé auprès de particuliers avant de le fondre dans un atelier basé à Blida. Une fois transformé en lingots, le métal était expédié en fraude vers Istanbul. Là, des artisans spécialisés le façonnaient en bijoux, ensuite réintroduits illégalement dans le marché algérien.
Les enquêteurs ont par ailleurs relevé que le principal suspect multipliait les allers-retours entre Alger et la métropole turque, à raison de quatre à cinq trajets mensuels. Cette cadence intense illustre l’ampleur et la structuration des activités illicites menées.
Des complicités présumées au sein de l’aéroport Houari-Boumédiène
L’instruction a également révélé l’implication supposée d’un employé travaillant à l’aéroport international algérois. Selon les déclarations du principal mis en cause, cet agent acheminait lingots et devises jusque dans la zone d’embarquement.
Il les dissimulait ensuite dans des endroits peu surveillés, comme les toilettes ou la salle de prière, pour permettre leur récupération avant le décollage. Ce mode opératoire contournait ainsi les postes de vérification habituels.
En échange de ces services, l’agent aurait touché 5 millions de centimes par kilogramme d’or transporté, en plus de fortes sommes d’argent. Le suspect affirme lui avoir remis jusqu’à 400 millions de centimes durant leur collaboration. Ces accusations feront l’objet d’un examen approfondi lors des débats.
De graves chefs d’inculpation pour les douze prévenus
Les douze accusés déférés devant le tribunal de Dar El Beïda font face à un lourd éventail d’infractions. Parmi celles-ci figurent le transfert illicite de devises à l’aéroport d’Alger, le blanchiment de fonds et la contrebande.
S’y ajoutent l’importation clandestine de produits en or, les manquements à la réglementation sur les changes et les mouvements de capitaux, ainsi que le trafic d’influence. Ces qualifications traduisent la gravité du dossier soumis à la justice algérienne.
Une audience qui pourrait révéler d’autres ramifications
Le procès doit permettre de clarifier la responsabilité de chaque prévenu et de mesurer l’étendue réelle de ce réseau, actif depuis plusieurs années entre les deux rives de la Méditerranée. Les révélations attendues pourraient déboucher sur de nouvelles poursuites.
Ce type d’affaire illustre les efforts croissants des autorités maghrébines pour endiguer la fuite des capitaux et le trafic de métaux précieux, phénomènes qui pèsent lourdement sur les économies de la région. Le renforcement des contrôles aéroportuaires apparaît désormais comme une priorité pour les services de sécurité algériens.
L’issue de ce procès constituera un indicateur important de la fermeté judiciaire face à la criminalité financière transnationale. Les prochaines audiences pourraient bien dévoiler d’autres complices encore inconnus des enquêteurs.