Se retrouver sous OQTF alors que l’on possède la nationalité française : c’est la mésaventure kafkaïenne vécue par une Franco-Algérienne à l’aéroport de Roissy. Cette femme, installée dans l’Hexagone depuis plus de trois décennies, a dû mener un long combat judiciaire pour faire valoir ses droits et récupérer ses documents officiels.
Un contrôle qui vire au cauchemar à l’aéroport de Roissy
Arrivée en France en 1993, mariée à un citoyen français, cette ressortissante d’origine algérienne obtient elle-même la naturalisation française en 1997. Rien ne laissait présager qu’elle serait un jour visée par une obligation de quitter le territoire.
Pourtant, le 2 juin 2025, alors qu’elle s’apprête à embarquer à Paris-Charles-de-Gaulle pour rejoindre Alger, tout bascule. La police aux frontières l’informe qu’elle ne serait pas en situation régulière sur le sol français.
Les agents lui suggèrent alors de partir définitivement pour l’Algérie et de ne plus revenir. Une injonction ahurissante pour une personne détentrice d’un passeport et d’une carte d’identité tricolores.
Plusieurs heures d’isolement et une menace d’expulsion
Refusant de céder, Soraya choisit de rester en France et de défendre ses droits. Ce choix courageux lui vaut d’être maintenue plusieurs heures dans une cellule des services de l’immigration à l’aéroport.
Elle repart avec une OQTF assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF). Commence alors une année entière marquée par l’angoisse permanente d’un renvoi forcé vers l’Algérie.
Une OQTF injustifiée pour une citoyenne française
Le paradoxe de cette affaire saute aux yeux. Une obligation de quitter le territoire vise en principe les personnes sans-papiers ou les étrangers dont le titre de séjour n’a pas été renouvelé.
Ce type de mesure ne concerne en aucun cas les ressortissants français. Voir une citoyenne naturalisée depuis près de trente ans placée sous OQTF relève donc de l’aberration administrative.
Un jugement de 2001 invoqué mais introuvable
Que reprochait exactement l’administration à cette Franco-Algérienne ? La préfecture de police de Paris affirmait, en s’appuyant sur une décision de justice datée de 2001, qu’elle aurait falsifié des documents pour décrocher son titre de séjour avant sa naturalisation.
L’intéressée conteste fermement ces accusations. Point crucial de l’affaire : la préfecture s’est révélée incapable de produire ce fameux jugement.
Ni au moment de l’interpellation en juin 2025 à l’aéroport, ni ensuite devant les juges, ce document n’a pu être présenté. Une absence de preuve qui a lourdement pesé dans la balance.
La justice ordonne la restitution des papiers français
Déterminée à obtenir réparation, cette femme de 59 ans a porté son dossier devant la justice administrative. Sa persévérance a fini par payer.
À l’issue d’une audience tenue le 21 juillet dernier, le tribunal administratif de Montreuil a tranché en sa faveur. Il a enjoint la préfecture de Paris d’annuler l’OQTF et l’IRTF qui la visaient.
La juridiction a également ordonné la restitution de sa carte d’identité et de son passeport français. Un dénouement qui met fin à des mois de tourments juridiques.
Une année de vie sous contrainte
Durant tout ce temps, la vie de cette Franco-Algérienne s’est réduite à sa plus simple expression. Elle témoigne de son quotidien bouleversé par cette menace planant au-dessus de sa tête.
« J’ai arrêté de conduire, de sortir, de prendre les transports en commun. Ma vie s’est résumée pendant un an aux trajets pour aller chercher ma fille à l’école ou pour faire des courses près de chez moi. J’ai heureusement pu télétravailler », confie-t-elle.
Son avocat a mis en avant un argument imparable devant le tribunal. Sa cliente a résidé 33 ans en France, période durant laquelle elle a renouvelé à plusieurs reprises ses documents d’identité français.
Cette affaire illustre les dérives possibles lorsque l’administration engage une procédure d’éloignement sur des bases fragiles. Elle rappelle aussi combien un recours devant la justice peut se révéler décisif pour protéger ses droits fondamentaux face à une erreur des autorités.