La révision de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne s’impose désormais comme une priorité pour Alger. Après un long gel des échanges institutionnels, les autorités algériennes exigent la réactivation du Conseil d’association, seul cadre jugé apte à rééquilibrer un partenariat perçu comme défavorable à l’économie nationale.
Ce dossier, longtemps laissé de côté, retrouve une place centrale au moment où le pays consolide ses liens avec plusieurs capitales du continent. Pour Alger, renouer le dialogue avec Bruxelles apparaît comme une étape incontournable pour construire une relation plus juste.
L’Algérie réclame la réactivation du Conseil d’association avec l’UE
Depuis plusieurs mois, Alger intensifie ses contacts avec différents États membres de l’Union européenne, en particulier l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. L’objectif consiste à renforcer la coopération dans des domaines stratégiques : énergie, industrie, investissements et commerce.
À l’inverse, le dialogue institutionnel avec l’Union européenne demeure figé. Le Conseil d’association Algérie-UE, chargé de veiller à l’application de l’accord, ne s’est plus réuni depuis décembre 2020, soit près de cinq années d’inactivité.
À l’occasion de la visite officielle du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a explicitement plaidé pour la reprise des travaux de cette instance.
« L’Espagne, de par sa position au sein de l’Union européenne, joue un rôle positif en faveur d’un meilleur équilibre dans les relations économiques entre l’Algérie et l’UE et contribue à la relance du Conseil d’association Algérie-UE qui ne s’est pas réuni depuis 2020 », a déclaré le chef de l’État. Pour Alger, ce mécanisme reste le seul espace permettant de rétablir un échange structuré avec Bruxelles.
Un accord d’association jugé pénalisant pour l’économie algérienne
Paraphé en 2002 puis appliqué à partir de 2005, l’accord d’association devait dynamiser les échanges commerciaux et la coopération politique entre les deux partenaires. Deux décennies plus tard, les responsables algériens en tirent un constat sévère.
Selon Alger, ce texte a principalement dopé les exportations européennes vers le marché algérien. Dans le même temps, les entreprises nationales se heurtent à de multiples obstacles lorsqu’elles tentent de pénétrer le marché européen.
Le gouvernement considère que l’Algérie s’est transformée en un débouché majeur pour les produits venus d’Europe, sans obtenir en contrepartie un accès comparable pour ses propres marchandises, notamment ses biens manufacturés hors hydrocarbures.
Alger réclame en conséquence une refonte des clauses de l’accord. Le pays souhaite y intégrer des dispositifs favorisant les investissements directs, les transferts de technologies, l’essor industriel local et la diversification de ses exportations.
Les quotas européens sur l’acier ravivent les tensions
Les griefs algériens se sont récemment cristallisés autour de la question des exportations d’acier. Lors de l’ouverture de la Foire internationale d’Alger (FIA), Abdelmadjid Tebboune a fustigé les quotas appliqués par l’Union européenne aux produits sidérurgiques du pays.
« Ce n’est pas normal qu’il y ait des quotas, parce que de notre côté nous n’appliquons pas de quotas pour ce que nous achetons de l’Union européenne », a martelé le président de la République.
Le chef de l’État a par ailleurs souligné que près de 85 % des importations algériennes proviennent des pays de l’Union européenne. Ce chiffre traduit à la fois le poids de ce partenaire et le déséquilibre ressenti dans les relations commerciales.
Pour les autorités, ces restrictions freinent la montée en puissance des exportations algériennes, alors même que le pays s’efforce de réduire sa dépendance aux revenus des hydrocarbures.
Vers un nouveau partenariat méditerranéen à bâtir
L’Union européenne a dévoilé récemment son Pacte pour la Méditerranée, un dispositif censé approfondir la coopération avec les pays du sud dans le commerce, les investissements, l’énergie et la sécurité.
Alger voit dans cette initiative une opportunité, à la condition expresse que les engagements annoncés soient effectivement respectés. Les autorités estiment qu’une relance du Conseil d’association reste indispensable pour porter cette dynamique.
Cette instance permettrait de trancher les différends commerciaux, de revisiter les dispositions de l’accord et d’établir un partenariat davantage fondé sur la réciprocité. Un enjeu qui dépasse le seul cadre algérien, tant les pays du Maghreb partagent des attentes similaires vis-à-vis de leurs voisins européens.
Au-delà de la dimension économique, Alger aspire à instaurer un dialogue plus régulier avec Bruxelles. L’objectif est d’ajuster la relation aux nouvelles réalités géopolitiques et aux ambitions industrielles affichées par le pays.
La révision de l’accord d’association apparaît ainsi comme un test majeur pour l’avenir des liens entre Alger et l’Union européenne. La réactivation du Conseil d’association déterminera la capacité des deux parties à redéfinir un partenariat équilibré et durable.
Source : ObservAlgerie