Le racisme contre les Bleus au Mondial 2026 suscite aujourd’hui une vague d’indignation en France. Pourtant, ces attaques venues de l’étranger ne sont pas un phénomène inédit. Elles trouvent leurs racines dans les dérapages répétés de l’extrême-droite française, qui a normalisé depuis des décennies les discours ciblant la composition ethnique de l’équipe nationale.
Coupe du monde 2026 : l’équipe de France sous le feu d’attaques racistes
Depuis plusieurs semaines, l’opinion publique, les responsables politiques et les médias hexagonaux dénoncent les propos racistes visant les joueurs français engagés dans la compétition. Deux sorties venues de l’étranger ont particulièrement marqué les esprits.
La première émane de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla, dont les mots à l’encontre de Kylian Mbappé ont provoqué un tollé. Vexée par l’élimination de son pays face aux Bleus en huitièmes de finale, sur le score de 1-0, la parlementaire s’en est prise à l’une des vedettes du tournoi.
« Cet abruti n’a même pas appris à écrire. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés », a-t-elle lancé publiquement. Ses propos visaient le joueur né en France, d’un père camerounais et d’une mère algérienne, Fayza Lamari.
Quelques jours plus tard, un nouveau dérapage est survenu depuis l’Espagne, adversaire des Bleus en demi-finale le mardi 14 juillet. Là encore, la charge est venue d’une personnalité politique pointant les origines des joueurs tricolores.
Mariano Rajoy conteste la « francité » des Bleus
Dans un éditorial publié par un journal local, Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol de 2011 à 2018, a reconnu que la sélection française disposait d’un effectif « de très haut niveau ». Mais il a aussitôt ajouté que cette équipe « ne compte aucun joueur français dans ses rangs ».
Une affirmation que rien ne justifie. Si l’équipe de France rassemble majoritairement des joueurs issus de l’immigration, notamment africaine, tous sont des citoyens français à part entière. Nier cette réalité revient à formuler une attaque difficilement acceptable.
L’histoire du football tricolore rappelle d’ailleurs le poids des origines étrangères dans ses plus grandes réussites. Raymond Kopa, Michel Platini ou encore Zinedine Zidane figurent parmi les légendes issues de familles venues d’ailleurs. La vive réaction suscitée par les déclarations paraguayenne et espagnole apparaît donc parfaitement légitime.
Racisme contre l’équipe de France : quand l’extrême-droite a montré l’exemple
Mais ceux qui s’indignent aujourd’hui n’ont pas toujours fait preuve de la même vigueur face aux propos racistes tenus par l’extrême-droite française. À maintes reprises, celle-ci a stigmatisé les joueurs de couleur des Bleus, dans un silence bien plus assourdissant.
Sans dresser la liste exhaustive de ces débordements, deux épisodes méritent d’être rappelés : le premier et le plus récent. La toute première voix à affirmer sans détour que les internationaux tricolores ne seraient pas vraiment français fut celle de Jean-Marie Le Pen.
De Jean-Marie Le Pen aux héritiers du Front national
Le fondateur du Front national, devenu le Rassemblement national et père de Marine Le Pen, candidate déclarée à la présidentielle de 2027, avait ouvert la brèche. Dès 1996, il jugeait « artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France ».
Ironie de l’histoire : le groupe qu’il visait allait offrir à la France son premier titre mondial deux ans plus tard, en 1998. Et à sa tête figurait un certain Zinedine Zidane, d’origine algérienne, devenu icône nationale.
Cette première sortie avait alors provoqué de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Mais les dérapages suivants ont peu à peu été accueillis dans l’indifférence, jusqu’à devenir presque banals.
Éric Zemmour et l’acharnement sur Mbappé
Début juin dernier, juste avant le coup d’envoi du Mondial, Éric Zemmour a relancé la polémique en fustigeant « la jeunesse arabo-musulmane » qui, selon lui, « chasse les petits Blancs » de la sélection nationale.
Sur Sud Radio, l’ancien candidat estimait que l’équipe de France ne reflétait plus « toute la société française », mais essentiellement les banlieues et l’immigration. Il ajoutait que le football serait désormais miné par une société « arabo-musulmane ».
Dans la foulée, l’extrême-droite et ses relais médiatiques ont multiplié les attaques contre Kylian Mbappé, allant jusqu’à l’inviter à quitter les Bleus. Son tort ? Avoir exprimé une opinion politique contraire à leurs idées.
Dans ce contexte, l’apparition de propos racistes venus de l’étranger n’a rien de surprenant. En banalisant ces discours pendant des années, l’extrême-droite française a incontestablement contribué à légitimer le racisme visant aujourd’hui ses propres footballeurs, y compris au plus haut niveau international.
