La récente décision de l’Union européenne de durcir temporairement l’accès aux visas Schengen pour les ressortissants guinéens relance le débat sur la coopération migratoire entre Bruxelles et les pays africains. En Algérie, souvent évoquée dans les discussions sur la réadmission des personnes en séjour irrégulier, cette mesure soulève une question légitime.
Alger pourrait-elle un jour faire l’objet d’un traitement comparable à celui infligé à Conakry ? Aucun projet officiel ne cible actuellement l’Algérie, mais le dispositif juridique employé contre la Guinée démontre que cette éventualité reste possible sur le plan légal.
Guinée : les raisons du durcissement des visas Schengen
Le 10 juillet 2026, le Conseil de l’Union européenne a acté la suspension provisoire de plusieurs avantages accordés aux citoyens guinéens en matière de visas. Bruxelles pointe du doigt une collaboration jugée insatisfaisante concernant le retour des Guinéens visés par une mesure d’expulsion depuis un pays membre.
Les répercussions sont multiples pour les demandeurs. On note la fin des visas à entrées multiples, une exigence accrue de pièces justificatives et la suppression de certaines exonérations réservées aux détenteurs de passeports diplomatiques. Le délai de traitement, autrefois fixé à 15 jours, grimpe désormais à 45 jours.
Ces restrictions s’appuient sur l’article 25 bis du Code des visas Schengen. Ce texte autorise l’Union européenne à moduler sa politique migratoire en fonction du degré de coopération manifesté par les États tiers en matière de réadmission.
L’Algérie se trouve-t-elle dans un contexte similaire ?
Depuis plusieurs années, la réadmission des Algériens en situation irrégulière figure parmi les principaux points de friction entre Alger et différents États du Vieux Continent. La France se situe au premier rang de ces tensions récurrentes.
Paris déplore régulièrement le faible volume de laissez-passer consulaires délivrés par les autorités algériennes. Ces documents sont pourtant essentiels pour organiser l’éloignement de personnes dépourvues de passeport valide.
Ces blocages ont déjà provoqué des remous diplomatiques. En 2021, la France avait diminué de moitié le nombre de visas octroyés aux Algériens pour pousser Alger à faciliter les expulsions. Cette restriction fut ensuite levée graduellement, après une reprise du dialogue entre les deux capitales.
Il convient toutefois de nuancer. La démarche française constituait une initiative purement nationale. À l’inverse, le mécanisme aujourd’hui appliqué à la Guinée relève d’une procédure européenne collective, valable pour l’ensemble de l’espace Schengen.
Bruxelles peut-elle sanctionner Alger sur les visas Schengen ?
Le cadre réglementaire européen impose à la Commission une évaluation régulière de la coopération des pays tiers. Plusieurs critères entrent en jeu : la délivrance des documents consulaires, la rapidité des procédures, l’acceptation des vols de retour et la coordination administrative avec les États membres.
Lorsque la Commission juge un partenaire trop peu coopératif, elle peut soumettre au Conseil une proposition de suspension de certains avantages liés aux visas. Les capitales européennes analysent alors ce projet avant de trancher sur son application définitive.
Or, l’Algérie entretient des relations migratoires délicates avec plusieurs nations européennes. Au-delà de la France, d’autres États rencontrent parfois des obstacles lors des procédures de rapatriement de certains ressortissants algériens.
La position défendue par Alger
De son côté, l’Algérie revendique une approche respectueuse des règles consulaires. Elle affirme accueillir ses citoyens dès lors que leur nationalité est formellement attestée. Néanmoins, le précédent guinéen illustre la volonté croissante de Bruxelles d’actionner le levier des visas pour inciter les pays tiers à renforcer leur engagement.
Quel impact pour les voyageurs algériens ?
À ce jour, aucun ressortissant algérien n’est visé par une restriction européenne équivalente à celle imposée à la Guinée. Les demandes de visas Schengen sont toujours traitées selon les normes classiques du Code des visas. Les délais, les conditions d’octroi et l’accès aux entrées multiples demeurent inchangés à l’échelle communautaire.
En revanche, les échanges entre l’Union européenne et les États partenaires sur la gestion des flux migratoires resteront centraux dans les mois à venir. Si la question des réadmissions venait à cristalliser les tensions, Bruxelles dispose déjà d’un instrument juridique éprouvé face à plusieurs pays.
Pour l’heure, aucune sanction n’est envisagée à l’encontre de l’Algérie sur les visas Schengen. Le cas guinéen rappelle toutefois que la politique européenne en la matière dépend désormais étroitement des engagements des partenaires sur le retour des personnes en séjour irrégulier.
