Une OQTF motivée par l’absence d’attaches en France
La mesure d’éloignement avait été prononcée le 15 juin 2025 par la préfecture du Puy-de-Dôme. Les services de l’État ont justifié cette décision par l’absence d’attaches solides du jeune homme sur le sol français. À cette époque, Boubakeur B. affirmait vivre séparé de son épouse, laquelle résiderait en Espagne, alors que le reste de sa famille demeure en Algérie.
Le parcours migratoire de l’intéressé remonte à 2025. Il avait rejoint la France à bord d’un Zodiac depuis les côtes espagnoles, après une traversée périlleuse. Une fois installé, il travaillait comme livreur pour la plateforme Deliveroo. Malgré l’obligation de départ qui pesait sur lui, il n’avait jamais quitté le pays comme l’administration l’exigeait.
Trois refus successifs de monter dans l’avion vers l’Algérie
Le 25 mars 2026, le jeune homme a été conduit dans un centre de rétention administrative en vue de son renvoi vers l’Algérie. Le juge des libertés et de la détention a prolongé cette rétention à trois reprises. Durant cette période, l’administration a mis en place autant de tentatives d’expulsion vers son pays d’origine.
À chaque fois, Boubakeur B. a refusé d’embarquer à bord de l’appareil en partance pour Alger. Face aux juges, il a défendu sa position par une phrase sans équivoque : « Je veux partir mais pas sans mon épouse. » Il redoutait, selon ses propres mots, les représailles de sa belle-famille en cas de retour seul au pays.
La défense demande l’abandon des poursuites
Maître Thomas Bitoun, chargé de défendre le prévenu, a plaidé pour un renvoi des poursuites. L’avocat a insisté sur le fait que son client ne s’était jamais dérobé à la surveillance des autorités. Selon lui, l’homme avait même formulé une alternative constructive pour régler sa situation.
« Il refuse de quitter le territoire sans sa femme mais il ne s’est pas échappé. Il a même proposé une solution : quitter le territoire par ses propres moyens sous vingt-quatre heures, le temps d’aller chercher sa femme », a déclaré le conseil à la barre. Le prévenu a de son côté livré un aveu amer : « Les mois que j’ai passés en France ont détruit ma vie. »
Le parquet pointe les incohérences du prévenu
Le représentant du ministère public a relevé plusieurs contradictions dans le discours de l’accusé. Il a notamment interrogé le jeune homme sur ses déclarations changeantes concernant son épouse. « Pourquoi avoir déclaré être séparé de votre épouse et avoir dit qu’elle vivait en Espagne ? », a lancé le procureur.
Cette interrogation visait à jeter le doute sur la sincérité du motif avancé pour justifier les refus d’embarquement. Pour le parquet, ces trois refus successifs traduisaient un manquement clair à l’obligation de quitter le territoire. Le ministère public a donc requis trois mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt, assortis d’une interdiction du territoire français de cinq ans.
Trois mois de prison ferme et interdiction du territoire
Le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence a validé l’ensemble des réquisitions. Boubakeur B. a été condamné à trois mois de prison ferme, avec maintien immédiat en détention. Les magistrats ont également prononcé une interdiction du territoire français pour une durée de cinq années.
Le jeune homme, qui avait déjà cumulé quatre-vingt-dix jours en centre de rétention, purgera désormais sa peine derrière les barreaux. Cette condamnation s’inscrit dans une procédure spécifique visant le refus d’exécuter une mesure d’éloignement. Ce type d’infraction est encadré par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Ce dossier illustre les tensions persistantes autour de l’application des OQTF visant des ressortissants algériens en France. Entre situations personnelles complexes et fermeté administrative, ces affaires alimentent régulièrement le débat sur la coopération migratoire entre Paris et Alger. Le refus d’embarquer demeure une infraction lourdement sanctionnée par les tribunaux français.
