L’Espagne mène actuellement l’une des plus vastes campagnes de régularisation jamais organisées sur son territoire. À ce jour, plus de 608 000 migrants sans papiers ont obtenu un titre de séjour provisoire, leur ouvrant l’accès légal au travail. Ce chiffre correspond à l’examen de plus de la moitié des dossiers déposés dans le cadre de cette opération exceptionnelle.
Portée par l’exécutif de Pedro Sánchez, cette initiative divise autant qu’elle enthousiasme. Elle nourrit l’espoir des personnes concernées tout en alimentant de vifs débats dans le paysage politique national.
La phase de dépôt s’est close le 30 juin. Le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations a alors publié un premier point d’étape. Sur 1 174 968 requêtes enregistrées, 52 % ont été retenues pour instruction, soit environ 608 000 candidats désormais autorisés à séjourner et travailler légalement dans le pays.
Espagne : 608 000 titres de séjour provisoires déjà délivrés aux sans-papiers
À l’heure actuelle, près de 11 000 demandes ont reçu une validation définitive. L’administration bénéficie d’un délai de trois mois pour statuer sur la grande majorité des dossiers encore en attente.
La secrétaire d’État aux Migrations, Pilar Cancela, a assuré que la cadence de traitement respectait le calendrier prévu, malgré le volume inédit de demandes. Le bilan des 608 000 permis provisoires accordés aux migrants irréguliers a été arrêté à la date du 30 juin.
La ministre Elma Saiz a de son côté défendu une mesure destinée à extraire des centaines de milliers de personnes d’une précarité vécue depuis plusieurs années. Les autorités espèrent aussi endiguer le travail non déclaré en réintégrant progressivement ces salariés dans le circuit économique officiel.
Une régularisation aux effets déjà visibles sur l’emploi
Les premières données confirment des retombées tangibles sur le marché du travail. D’après le ministère, 159 097 bénéficiaires, soit environ 26 % des détenteurs d’un permis provisoire, cotisent déjà à la Sécurité sociale espagnole.
Certains disposaient auparavant d’une autorisation liée à une demande de protection internationale. Beaucoup d’autres, en revanche, travaillaient jusqu’ici dans l’ombre de l’économie parallèle.
Les branches qui embauchent le plus sont l’hôtellerie-restauration, le commerce, les services administratifs, le bâtiment et l’agriculture. Le secteur domestique ne représente pour l’instant que 4 % des nouvelles affiliations recensées.
Quel est le profil des bénéficiaires de la régularisation ?
La Catalogne rassemble le plus grand volume de demandes, avec plus de 257 000 dossiers. Suivent la Communauté de Madrid (202 000), la Communauté valencienne (167 000) et l’Andalousie (161 000).
Les données officielles indiquent que 67 % des candidats proviennent d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud. Les Colombiens dominent avec 26 % des dossiers, suivis des Marocains à 13,4 %, des Vénézuéliens à 11,7 % et des Péruviens à 8,8 %.
Une population jeune et qualifiée
Le portrait des demandeurs révèle une forte proportion de jeunes actifs. Ainsi, 81 % ont moins de 45 ans et 57 % sont des hommes. Une enquête menée auprès de plus de 36 000 personnes met aussi en lumière un bon niveau de formation.
Dans le détail, 43 % détiennent un diplôme du secondaire ou une qualification professionnelle. Par ailleurs, 24 % ont suivi des études supérieures, un atout non négligeable pour les secteurs en tension.
L’immigration, moteur reconnu de l’économie espagnole
Le gouvernement justifie cette opération par les besoins pressants du marché de l’emploi. Aujourd’hui, les travailleurs étrangers pèsent pour 14 % des cotisants au système de protection sociale du pays.
Pedro Sánchez a récemment averti que, privée d’immigration, l’Espagne pourrait voir son PIB reculer de 19 % d’ici 2050. Il a aussi évoqué le risque de fermeture de 90 000 bars, de 40 000 salles de classe et de la disparition de 220 000 exploitations agricoles, faute de bras.
Ces projections nourrissent le débat public, mais elles soulignent surtout la place grandissante des étrangers dans plusieurs piliers de l’économie ibérique. Cette dynamique concerne particulièrement les ressortissants maghrébins, les Marocains figurant parmi les nationalités les plus représentées dans cette régularisation.
Avec seulement 11 000 décisions définitives pour plus d’un million de demandes, la procédure demeure loin de son terme. Les mois à venir permettront de jauger l’impact réel de cette régularisation sur l’emploi et sur l’orientation de la politique migratoire espagnole.