Un vaste trafic de voitures volées en Italie et exportées vers l’Algérie a été jugé le 8 juin 2026 devant le tribunal judiciaire de Marseille. Trois hommes étaient poursuivis pour avoir organisé l’écoulement de dizaines de véhicules et de motos entre l’Italie, la France et l’Algérie. Les faits, étalés entre 2015 et 2017, concernent des automobiles volées ou détournées de leur contrat de location.
Deux frères à la tête du réseau de voitures volées
Au cœur de cette affaire figurent deux anciens dirigeants de la société Fiorano Motors. Giuseppe E. et Marco E. ont été désignés comme les véritables organisateurs de ce trafic de véhicules transfrontalier. À l’audience, les deux frères ont admis l’ensemble des faits reprochés.
Le tribunal a prononcé à leur encontre une peine de deux ans de prison ferme. Ils étaient jugés pour avoir orchestré la revente de véhicules de location détournés ou subtilisés en territoire italien. Ces automobiles étaient ensuite acheminées vers le marché algérien.
Pour mener à bien leurs opérations, les deux hommes s’appuyaient sur un réseau de complices secondaires. Ces intermédiaires étaient chargés du vol des véhicules, des démarches d’immatriculation en France, puis de l’exportation vers l’Algérie.
Près de 70 victimes en attente depuis dix ans
Quelque 70 personnes, parmi lesquelles des particuliers et des entreprises, espèrent obtenir réparation. Leur préjudice remonte à une décennie, ce qui explique la forte mobilisation des avocats dans la salle d’audience.
L’un d’eux, Me Serge Mimran, a résumé l’amertume des plaignants en visant directement Giuseppe E. : « Il a l’air d’aller toujours bon train. Pendant ce temps, les victimes se retrouvent à pied. » Une formule qui illustre le fossé entre les responsables présumés et ceux qui ont perdu leur véhicule.
Un maillon essentiel de l’exportation installé à Marseille
Le troisième prévenu, Issam B., âgé de 48 ans, résidait à Marseille à l’époque des faits. Il comparaissait pour son rôle dans l’acheminement des voitures vers l’Algérie. Devant les juges, il a choisi de se défendre seul, sans assistance d’un avocat.
L’intéressé a soutenu qu’il ignorait totalement la provenance illégale des automobiles qu’il commercialisait. Une ligne de défense que la justice a jugée peu crédible au regard de son parcours professionnel.
Des tarifs largement en dessous du marché
La présidente Azanie Julien-Rama a rappelé que le prévenu évoluait « dans l’automobile depuis qu’il est né ». Selon elle, il ne pouvait donc ignorer les méthodes frauduleuses employées par Giuseppe E. Les pièces du dossier révèlent en effet des prix anormalement bas.
Une Volkswagen Touran évaluée à 27 000 euros a ainsi été cédée pour seulement 12 000 euros. Une BMW X4, dont la cote avoisinait les 45 000 euros, était affichée à 25 000 euros. Toutes les transactions étaient réglées en liquide, un mode de paiement qui interroge.
Des signaux d’alerte multiples sur les véhicules volés
Plusieurs échanges entre Giuseppe E. et Issam B. portaient sur les obstacles liés à l’immatriculation. La magistrate a détaillé une série d’anomalies évidentes relevées dans le dossier.
Le numéro de châssis d’une moto Yamaha TMAX avait été effacé, et son moteur figurait parmi les pièces signalées comme volées. Le double des clés d’une BMW X4 manquait, tandis que la carte grise d’une Fiat 500 était au nom d’une société de leasing italienne.
Une défense jugée peu convaincante
« Rien ne vous met la puce à l’oreille ? », a interrogé la présidente. Issam B. a tenté de se justifier : « Il avait l’air d’un homme de confiance par sa façon de s’habiller et de s’afficher sur les réseaux sociaux. » Une explication qui n’a pas levé tous les doutes.
Le tribunal s’est toutefois montré plus clément à son égard qu’envers les deux frères. Issam B. a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Giuseppe E. et Marco E., considérés comme les têtes pensantes, ont quant à eux écopé de deux ans ferme.
Un phénomène qui touche durablement le marché algérien
Cette affaire illustre l’ampleur des filières qui alimentent le parc automobile algérien avec des véhicules d’origine douteuse. Le port de Marseille demeure un point de passage privilégié pour ces exportations clandestines vers l’Afrique du Nord.
Au-delà des condamnations prononcées, ce dossier soulève la question de la traçabilité des voitures importées en Algérie. Les autorités des deux rives de la Méditerranée restent confrontées à un défi de coopération pour endiguer ces trafics qui s’étendent sur plusieurs pays.
