Le démantèlement d’un réseau de trafic entre l’Algérie et l’Espagne a révélé un système criminel où stupéfiants et migrants transitaient sur le même axe maritime. Piloté par un clan familial d’origine marocaine, ce dispositif exploitait les traversées de la Méditerranée dans les deux sens. L’enquête, lancée en octobre 2022, a mobilisé les polices espagnole, belge et française avec l’appui d’Europol et d’Eurojust.
Tout est parti d’un naufrage survenu au large des côtes espagnoles à l’automne 2022. Douze personnes migrantes avaient alors perdu la vie dans ce drame. Selon un communiqué de la Police nationale espagnole daté du 8 juillet, les investigations qui ont suivi ont mis en évidence une organisation solidement structurée.
Les témoignages recueillis et les premiers indices ont orienté les enquêteurs vers un groupe piloté depuis la Belgique. Ce noyau familial marocain coordonnait l’ensemble des opérations à distance, malgré une organisation dispersée sur plusieurs pays européens.
Un réseau marocain dirigé depuis une cellule de prison
La cellule opérationnelle du réseau était installée en Espagne, dans la province d’Alicante. Fait notable, l’un des responsables purgeait déjà une peine de prison au moment des faits. Depuis sa cellule, il continuait pourtant à orchestrer les activités du groupe.
Ce détenu transmettait ses instructions aux membres restés libres à Alicante. Cette configuration illustre la résilience du réseau, capable de fonctionner même après l’incarcération de figures centrales de la structure criminelle.
Le double trafic entre les deux rives de la Méditerranée
Le mode opératoire reposait sur une logique aller-retour parfaitement rodée. À l’aller, des vedettes rapides conduites par des pilotes marocains transportaient de la cocaïne et des drogues de synthèse, notamment de la MDMA, vers les côtes nord-africaines.
Une fois la marchandise débarquée sur le littoral algérien, les mêmes embarcations repartaient chargées de candidats à l’émigration clandestine. Cette rotation optimisait chaque traversée, transformant un seul trajet en deux sources de profit distinctes.
Une répartition précise des rôles
La branche algérienne se chargeait du recrutement des harraga et de l’organisation des départs. Les migrants étaient regroupés dans des maisons sécurisées, en attente de conditions météorologiques favorables pour prendre la mer.
La branche espagnole assurait quant à elle la logistique : entretien des bateaux, approvisionnement en carburant et coordination des pilotes. Ces derniers maîtrisaient le « petaqueo », une technique de ravitaillement en mer grâce à des réserves dissimulées. Ce procédé permettait d’allonger l’autonomie des vedettes sans retour à la côte.
Un chiffre d’affaires estimé à huit millions d’euros
Chaque migrant devait débourser entre 8 000 et 10 000 euros pour tenter la traversée. D’après les autorités espagnoles, au moins 400 personnes ont emprunté cette filière durant la période sous enquête.
Ce volet migratoire représente à lui seul un produit criminel proche de quatre millions d’euros. En y ajoutant les bénéfices tirés du trafic de drogue, le chiffre d’affaires global de l’organisation atteindrait huit millions d’euros.
Les embarcations utilisées étaient dotées de moteurs très puissants. Les pilotes, sélectionnés pour leur expérience de la navigation clandestine en Méditerranée occidentale, connaissaient parfaitement les techniques de contre-surveillance et la logistique maritime.
Vingt arrestations et de multiples saisies
L’opération conjointe a conduit à l’interpellation de vingt personnes au total : seize en Espagne et quatre en Belgique. Sur le sol espagnol, les arrestations se sont déroulées à Alicante, Madrid, Vitoria et Murcie.
Desarticulada una organización criminal trasnacional dedicada al tráfico de personas y drogas entre #Argelia y #España
Responsables de la entrada #irregular en nuestro país
de más de 400 #migrantes
Realizaban los traslados en lanchas
de gran potencia, sin… pic.twitter.com/WuYr1Boxxq
— Policía Nacional (@policia) July 8, 2026
Les perquisitions ont permis de mettre la main sur deux vedettes rapides destinées au trafic. La première embarquait un moteur de 300 chevaux, la seconde deux moteurs de 250 chevaux chacun.
Les forces de l’ordre ont également saisi un pick-up utilisé pour la mise à l’eau, un moteur hors-bord de 40 chevaux, 27 bidons de carburant et de nombreux documents liés à l’achat des bateaux et des moteurs.
Armes, drogue et argent liquide confisqués
En Belgique, les enquêteurs ont découvert deux armes à feu, dont une signalée volée. En Espagne, ils ont trouvé une réplique d’arme et une carabine. Les saisies comprennent aussi 1 179 grammes de MDMA en poudre et cinq balances de précision.
À cela s’ajoutent 35 téléphones portables et 12 430 euros en espèces. Ces éléments confirment l’ampleur des moyens déployés par ce réseau criminel transnational.
Quatre des suspects arrêtés en Espagne ont été placés en détention provisoire, tout comme l’un des interpellés en Belgique. Deux figures majeures du réseau faisaient déjà l’objet de mandats d’arrêt internationaux et de demandes d’extradition émises par l’Algérie pour des affaires de stupéfiants.
Cette affaire met en lumière l’imbrication croissante entre trafic de drogue et passage de migrants sur les routes maritimes du Maghreb vers l’Europe. Elle souligne aussi l’importance de la coopération policière entre les rives nord et sud de la Méditerranée face à des organisations toujours plus mobiles.
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de más de 400
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