Islam Slimani s’exprime en français sur beIN Sports : ce choix a déclenché une polémique inattendue après son premier passage en tant que consultant. Le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale d’Algérie a finalement clarifié les raisons de cette décision, dictée par des contraintes techniques bien précises. Retour sur une controverse qui en dit long sur la sensibilité des questions linguistiques au Maghreb.
Une polémique née d’un simple choix linguistique
Pour son baptême du feu sur le plateau de la chaîne qatarienne, lors de la rencontre Algérie-Argentine du Mondial 2026, Islam Slimani n’a eu besoin d’aucune sortie tonitruante pour faire parler de lui. Le seul fait de commenter en français a suffi à enflammer la toile.
Aux côtés de l’Argentin Claudio López et de l’Égyptien Mohamed Abou Trika, l’ancien attaquant des Fennecs s’est retrouvé pris dans une tempête médiatique d’une rare intensité. Certains internautes se sont montrés plus virulents envers lui qu’envers le sélectionneur Vladimir Petkovic, pourtant critiqué après la défaite face à l’Albiceleste.
Les reproches ont fusé de toutes parts. Renier ses racines, valoriser la langue de l’ancien colonisateur, dédaigner l’arabe ou ignorer ses compatriotes : les accusations se sont multipliées. Pourtant, ces critiques passaient totalement à côté du véritable contexte de son intervention télévisée.
Une règle imposée par la chaîne dès le départ
D’après des informations relayées par la presse algérienne, c’est la chaîne elle-même qui avait fixé le cadre avant l’émission. Deux options seulement étaient offertes aux intervenants : s’exprimer en arabe classique ou recourir à une langue étrangère accompagnée d’une traduction simultanée.
Le dialecte algérien était d’emblée écarté, car il reste difficilement compréhensible pour l’ensemble du public arabophone. Conscient de ses limites en vocabulaire footballistique arabe, Slimani a donc opté pour le français, la seule langue lui permettant de livrer des analyses claires et fluides.
L’anecdote du mot « centre »
Un épisode survenu sur le plateau illustre parfaitement la difficulté rencontrée par l’ex-buteur. En aparté avec Abou Trika, Slimani a employé le terme « centre », mot courant dans le jargon footballistique algérien.
L’ancienne gloire d’Al-Ahly n’a pas saisi immédiatement le sens de l’expression. Une tierce personne a dû intervenir pour traduire le terme en arabe, mettant en lumière le fossé linguistique entre les différentes écoles du football arabophone.
Touché par la situation, Abou Trika a lui-même encouragé Slimani à s’exprimer dans la langue où il se sentait le plus à l’aise. Le présentateur avait également tenté d’inciter le consultant à passer à l’arabe, mais ce dernier a confirmé que son manque de maîtrise du vocabulaire technique constituait l’unique obstacle.
Un choix dicté par le professionnalisme, pas par le reniement
Loin d’un quelconque mépris pour ses origines, la décision de Slimani relève avant tout d’une logique professionnelle. Pour un analyste, la priorité demeure la transmission d’un message clair et accessible au plus grand nombre de téléspectateurs.
Le français lui offrait précisément cette précision technique que l’arabe classique ne lui permettait pas d’atteindre. Maîtriser un sujet et savoir le restituer dans une langue donnée constituent deux compétences distinctes, comme l’a démontré cette première expérience.
Cette polémique révèle aussi la complexité du paysage linguistique au sein du monde arabe et du Maghreb. Entre arabe classique, dialectes locaux et héritage francophone, les passerelles ne sont pas toujours évidentes à établir sur un plateau télévisé international.
Slimani, une légende au-delà des débats stériles
Au-delà de cette controverse, Islam Slimani demeure une figure emblématique du football algérien. Recordman de buts en sélection, il a marqué l’histoire des Verts par sa longévité et son efficacité devant les cages adverses.
Sa reconversion dans le commentaire sportif s’inscrit dans une continuité logique pour un joueur ayant accumulé une riche expérience sur les pelouses européennes et africaines. Son regard d’ancien attaquant apporte une valeur ajoutée évidente aux analyses tactiques.
Réduire son intervention à une simple question de langue revient à occulter l’essentiel : la pertinence de ses observations footballistiques. Le débat aurait sans doute gagné à se concentrer sur le fond plutôt que sur la forme.
En clarifiant les circonstances de son choix, Islam Slimani a rétabli la vérité face à des accusations infondées. Cet épisode rappelle combien la question de la langue reste sensible dans la région, parfois au détriment de l’analyse sportive elle-même. Reste à voir si l’ancien Fennec poursuivra l’aventure du consulting tout en travaillant son vocabulaire technique en arabe.