Le prix du pétrole a franchi lundi la barre des 90 dollars, porté par les tensions grandissantes entre Washington et Téhéran. Ces frictions diplomatiques compromettent tout accord sur le détroit d’Ormuz, tandis que le marché reste incertain sur le volume réel des exportations du Golfe.
Le pétrole en hausse sous l’effet des tensions géopolitiques
Les cours de l’or noir ont nettement progressé en début de semaine, réagissant aux nouveaux signaux de fermeté échangés entre les États-Unis et l’Iran. Ces échanges éloignent la perspective d’un compromis sur ce corridor maritime stratégique.
Le baril de Brent de la mer du Nord, livrable en octobre, a bondi de 2,66 % pour s’établir à 90,87 dollars. De son côté, le baril américain de West Texas Intermediate, pour livraison en septembre, a gagné 2,55 % à 84,50 dollars.
Washington et Téhéran : un bras de fer autour du détroit d’Ormuz
Le président américain Donald Trump a haussé le ton en menaçant de bombarder Oman si le sultanat venait à faire obstacle à un accord sur le détroit d’Ormuz. Mascate et Téhéran mènent depuis plusieurs semaines des discussions à propos de ce passage maritime, sans la participation de Washington.
Ces pourparlers « se poursuivent de manière sérieuse », a affirmé lundi la diplomatie iranienne. Le milliardaire républicain a par ailleurs exhorté l’Iran à « hisser le drapeau blanc de la capitulation », tout en se disant « pas pressé » de mettre fin au conflit.
Un accord de juin remis en cause
Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, le délai de négociation de 60 jours fixé par le protocole d’accord irano-américain de juin est désormais caduc. Il attribue cette situation aux « violations » qu’auraient commises les États-Unis.
Ce document devait servir de cadre à un règlement durable de la crise entre les deux pays. Son remise en question ravive les incertitudes qui pèsent sur les marchés énergétiques mondiaux.
Un marché pétrolier sous pression malgré les craintes sur la demande
Ces déclarations belliqueuses ont ravivé l’inquiétude des investisseurs. Selon David Morrison, analyste chez Trade Nation, elles « ont largement éclipsé les mises en garde de la semaine dernière concernant la demande ».
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avaient en effet anticipé une consommation plus faible que prévu cette année. Cette révision à la baisse s’explique directement par les répercussions du conflit en cours.
Des exportations du Golfe difficiles à évaluer
Les prix du brut réagissent fortement à chaque annonce en raison du manque de visibilité sur les flux d’exportation depuis le Golfe. Les analystes soulignent que cette opacité alimente la volatilité des cours.
« Il y a un débat en cours pour savoir si le marché sous-estime le volume de pétrole qui quitte le Moyen-Orient », observe Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management. Cette incertitude complique l’anticipation des mouvements de prix à court terme.
Le rôle des escortes militaires américaines
Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a précisé lundi que l’armée, grâce à ses escortes, « fait sortir huit ou neuf millions de barils de pétrole par jour » du détroit d’Ormuz. Il a par ailleurs affirmé que l’Iran n’exportait plus aucun baril par cette voie.
Selon lui, ce rythme devrait encore s’accélérer dans les prochains mois. Cette assurance vise à rassurer les acteurs du marché quant à la continuité de l’approvisionnement.
Un équilibre fragile sur les stocks mondiaux
Malgré les tensions, l’offre reste pour l’instant suffisante pour éviter une flambée incontrôlée des prix. Le niveau des réserves mondiales demeure un facteur déterminant pour la stabilité des cours.
« Pour l’instant, il y a suffisamment de pétrole brut sur le marché pour empêcher les stocks de chuter brutalement et pour empêcher le Brent de remonter en flèche », estime Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB.
Le maintien du pétrole au-dessus de 90 dollars illustre la sensibilité extrême des marchés aux tensions entre Washington et Téhéran. Tant que l’incertitude autour du détroit d’Ormuz persistera, la volatilité des cours devrait rester élevée dans les semaines à venir.
