L’islamophobie en Occident franchit un nouveau cap inquiétant : le discours de haine, longtemps banalisé, débouche désormais sur des actes violents. En l’espace de quelques jours, l’Écosse et le Canada ont été le théâtre d’agressions visant des musulmans, dans un climat alimenté par une rhétorique politique de plus en plus radicale.
Écosse : une attaque sanglante contre les musulmans à Édimbourg
À Édimbourg, un homme de 36 ans a été interpellé et mis en examen après une série d’agressions anti-musulmanes survenues le vendredi 19 juin. Le bilan fait état de cinq blessés. Les vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont profondément choqué l’opinion publique.
D’après les témoignages, l’assaillant, torse nu et armé d’un long couteau, a multiplié les attaques. Il s’en est d’abord pris à un lieu de culte musulman, avant de poursuivre son périple sanglant dans une station-service puis une pizzeria. Les forces de l’ordre l’ont finalement neutralisé à l’aide d’un pistolet à impulsion électrique.
Au moment de son arrestation, l’individu répétait vouloir « protéger le pays », un slogan révélateur de la motivation idéologique derrière son geste. Les autorités écossaises ont rapidement qualifié ces faits d’attaques à caractère anti-musulman.
Les réactions officielles face à la montée de la haine
Le Premier ministre écossais John Swinney a fermement condamné ces violences. « La violence, le racisme et l’intolérance n’ont aucune place dans notre pays », a-t-il déclaré, ajoutant avoir rencontré des associations locales pour leur réaffirmer le soutien du gouvernement.
De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a estimé que le suspect paraissait animé par « la haine anti-musulmane ». Le Conseil musulman de Grande-Bretagne a décrit une communauté « légitimement nerveuse et inquiète » face à cette flambée de violence.
Pour l’organisation, cet épisode n’a rien d’isolé. Il intervient « peu après les pogroms racistes survenus dans les rues de Belfast », qui visaient des familles issues de minorités. Une situation présentée comme la conséquence directe d’un discours politique qui stigmatise des communautés entières.
Un imam agressé au Canada, autre symptôme de l’islamophobie
Outre-Atlantique, le Canada a lui aussi enregistré une agression visant un religieux musulman. Selon le Conseil national des musulmans canadiens, l’imam d’une mosquée de Victoria a été pris pour cible à l’extérieur de l’établissement, le samedi 20 juin.
Après avoir conduit la prière, le responsable religieux a vu un homme forcer la portière de son véhicule avant de lui hurler : « Retourne dans ton pays ! » Une scène qui illustre le climat de défiance auquel sont confrontés de nombreux fidèles.
L’organisation canadienne y voit « un rappel saisissant du danger que la montée de l’islamophobie représente au quotidien » pour les communautés musulmanes. Ces incidents successifs traduisent une réalité partagée des deux côtés de l’Atlantique.
La responsabilité du discours de haine pointée du doigt
Pour de nombreux observateurs, cette multiplication des passages à l’acte découle directement de la banalisation des propos hostiles aux musulmans en Europe et dans l’ensemble du monde occidental.
L’ancien Premier ministre écossais Humza Yousaf, en poste entre 2023 et 2024, a directement mis en cause certaines figures de l’extrême droite britannique. Selon lui, « rien de tout cela ne se produit dans le vide ».
Il accuse Rupert Lowe, Tommy Robinson et leurs partisans d’avoir, des années durant, désigné les musulmans comme des cibles. « Il n’est guère étonnant que certains passent désormais à l’acte en suivant leurs propos », a-t-il dénoncé sur le réseau social X.
En France, des partisans du RN scandent « les Arabes à l’abattoir »
La même grille de lecture s’applique à la France, où le discours de haine progresse dangereusement, avec plusieurs passages à l’acte recensés ces dernières années. Plusieurs voix politiques tirent la sonnette d’alarme.
Le député de gauche Thomas Portes a réagi sur X, reliant l’attaque d’Édimbourg à « des mois d’appels à la haine de Tommy Robinson et de ses amis néonazis ». Il dénonce un discours relayé en France par les médias du groupe Bolloré, et a appelé à rejoindre une marche antiraciste à Barbès.
Dans le même temps, des dérives verbales franchissent de nouveaux seuils. Des partisans du Rassemblement national ont été entendus scandant un slogan glaçant : « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir », formule appelant ouvertement à la violence raciale.
Face à ces propos, le député Antoine Léaument a annoncé avoir saisi le procureur de la République pour incitation à la haine raciale. Ces dérapages illustrent une instrumentalisation croissante du racisme par l’extrême droite française.
Des attaques d’Édimbourg à Victoria, en passant par les slogans entendus dans les rues françaises, un même fil rouge se dessine : la haine verbale se mue en violence physique. Ces signaux convergents traduisent un glissement préoccupant de l’Occident, où la stigmatisation des musulmans menace désormais la sécurité concrète des communautés.