La condamnation d’une influenceuse franco-algérienne au Maroc relance le débat sur le traitement réservé aux binationaux par la diplomatie française. Alors que Paris se mobilise habituellement pour ses ressortissants détenus à l’étranger, le silence entourant cette affaire interpelle. Cette discrétion soulève une question légitime sur l’égalité de traitement des citoyens français selon leur double origine.
Une influenceuse franco-algérienne condamnée pour une simple vidéo
Connue sous le nom de Yass Naubelle, cette jeune femme a écopé d’une lourde sanction au royaume chérifien. Le seul élément retenu contre elle est une vidéo publiée durant ses vacances au Maroc.
Dans cette séquence, elle pointait du doigt les comportements jugés dangereux de certains automobilistes sur les routes marocaines. Elle évoquait également la pratique de pots-de-vin acceptés par une partie des forces de l’ordre.
Aux yeux de nombreux observateurs, ce contenu ne dépassait pas le cadre d’une critique ordinaire de touriste. Pourtant, les autorités ont choisi d’engager des poursuites judiciaires à son encontre.
Une année de prison ferme pour des propos sur les réseaux sociaux
L’arrestation est survenue le 13 juin à l’aéroport de Marrakech, au moment où la trentenaire s’apprêtait à regagner la France. Présentée rapidement devant un tribunal, elle a été condamnée à douze mois d’emprisonnement ferme.
S’ajoute à cette peine une amende de 2 000 dirhams, soit environ 187 euros. La justice marocaine a évoqué la « diffusion de contenus numériques diffamants à l’encontre de citoyens marocains », ainsi que des « propos calomnieux tenus contre une institution publique réglementée ».
Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero a réagi sur le réseau social X. Selon lui, la vidéo incriminée « ne semblait être rien de plus qu’une farce puérile », loin de justifier une telle sévérité.
Yass Naubelle, a 30-year-old French influencer of Algerian origin, recorded a video during her vacation in Marrakech. In it, she criticized what she described as the residents’ « reckless » driving habits, as well as the tendency of police officers to ask for bribes. She was… pic.twitter.com/g2C67Nc3zd
— Ignacio Cembrero (@icembrero) June 24, 2026
De fait, rien dans les propos de la jeune femme ne paraît justifier une incarcération. De nombreux visiteurs étrangers dénoncent régulièrement et ouvertement la corruption policière au Maroc, sans jamais subir de poursuites.
Un précédent inquiétant pour les Franco-Algériens
Cette affaire n’est pas isolée. Plusieurs Franco-Algériens venus assister à la CAN 2025, entre décembre et janvier derniers, ont connu un sort similaire pour des motifs tout aussi anodins.
Parmi eux figure un certain Lyèce, qui a passé trois mois derrière les barreaux pour un délit qu’il affirme n’avoir jamais commis. Selon son témoignage, sa libération imminente lors de son interpellation au stade de Marrakech a basculé brusquement.
Il raconte que « le visage du policier a changé » dès qu’il a révélé ses origines algériennes. Ce récit illustre la suspicion particulière qui semble peser sur cette communauté.
Le mutisme troublant de la France face à cette condamnation au Maroc
Que les institutions marocaines ciblent les Algériens et les binationaux n’a rien d’une nouveauté. En revanche, l’absence de réaction du côté français reste difficile à comprendre.
Il y a peu, Paris avait fragilisé ses relations avec Alger pour obtenir la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné par la justice algérienne pour des faits avérés. La même détermination est déployée pour le journaliste Christophe Gleizes.
Pourtant, le cas de cette influenceuse emprisonnée pour quelques mots semble laisser indifférents le gouvernement, les médias et les formations politiques. Ces mêmes acteurs montent habituellement au créneau dès qu’un compatriote voit ses droits menacés à l’étranger.
Deux poids, deux mesures dans la diplomatie française
Cette retenue interroge sur ses motivations réelles. S’agit-il du fait que l’affaire se déroule au Maroc, partenaire envers lequel la France se montre particulièrement conciliante ?
Rappelons que Rabat a même été soupçonné d’espionnage du téléphone du chef de l’État français, sans conséquence majeure sur leurs liens. La double nationalité de l’influenceuse pourrait également jouer un rôle dans ce silence.
Quelle que soit l’explication, cette posture détonne avec le devoir de protection qu’un État doit à ses citoyens. L’injustice subie par une ressortissante à l’étranger mériterait, en principe, une mobilisation diplomatique.
L’affaire Yass Naubelle révèle ainsi les contradictions de la politique étrangère française envers ses binationaux. Entre engagement total pour certains et indifférence pour d’autres, la question de l’égalité de traitement demeure entière. Reste à savoir si cette mobilisation citoyenne finira par contraindre Paris à sortir de sa réserve.