La guerre contre l’Iran provoque de fortes turbulences sur le marché énergétique mondial, au point de constituer une véritable « rupture historique », selon Farid Ghezali, secrétaire général de l’Organisation africaine des pays producteurs de pétrole (APPO). Dans un éditorial publié sur le site de l’organisation, il souligne que ce conflit entraîne déjà une hausse notable des prix du pétrole et du gaz naturel. Cette tension est principalement liée à la paralysie du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, soit près de 17 millions de barils par jour, ainsi qu’un tiers du gaz naturel liquéfié (GNL).
Des perturbations majeures liées à la guerre dans l’approvisionnement
La situation est aggravée par plusieurs incidents qui affectent les infrastructures énergétiques de la région. La raffinerie saoudienne de Ras Tanura, d’une capacité de 550 000 barils par jour, est actuellement à l’arrêt, tandis que la production de GNL de Qatar Energy connaît également des interruptions. Ces événements contribuent à créer, selon l’APPO, une crise d’approvisionnement sans précédent. L’augmentation rapide des coûts logistiques et les perturbations des routes maritimes compliquent davantage l’acheminement du pétrole et du gaz vers les marchés internationaux.
Une flambée des prix due à la guerre qui inquiète l’économie mondiale
Les tensions géopolitiques ont déjà entraîné une hausse significative des cours de l’énergie. Le prix du Brent oscille actuellement entre 80 et 82 dollars le baril, soit une augmentation d’environ 13 % en seulement 72 heures. Le WTI se situe autour de 72 dollars, tandis que le gaz européen TTF atteint près de 45 euros/MWh et que l’indice asiatique JKM du GNL s’élève à 14,5 dollars par million de Btu. Si le blocage du détroit d’Ormuz devait se prolonger au-delà d’un mois, certains scénarios évoquent une envolée des prix jusqu’à 110 voire 150 dollars le baril, avec le risque d’une récession mondiale estimée à –2 % du PIB global.
L’Afrique face à de nouvelles opportunités énergétiques en pleine guerre au Moyen-Orient
Dans ce contexte tendu, l’Afrique pourrait jouer un rôle croissant dans l’approvisionnement énergétique mondial. Des pays comme le Nigeria, l’Algérie, l’Angola, le Gabon ou encore le Congo poursuivent leurs exportations et disposent d’importantes réserves. Le continent détient environ 8 % des réserves mondiales de gaz et près de 125 milliards de barils de pétrole, ce qui en fait une « variable d’ajustement stratégique » pour le marché. Cette conjoncture pourrait stimuler les revenus énergétiques africains et renforcer des projets structurants, notamment le gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Long de 4 200 km et capable d’acheminer près de 30 milliards de m³ de gaz par an vers l’Europe, ce projet est présenté comme un levier majeur pour l’intégration énergétique du continent et pour le développement de ses infrastructures.