En France, le débat sur la préférence nationale ressurgit avec force dans le champ politique. Portée par l’extrême droite et une partie de la droite, cette rhétorique cible désormais les citoyens d’origine étrangère, et tout particulièrement les Franco-Algériens. Le logement social devient le nouveau terrain de cette stigmatisation.
Marine Le Pen, figure du Rassemblement national et donnée favorite pour l’élection présidentielle de 2027, a érigé la priorité nationale en pilier de son programme. Cette orientation dépasse aujourd’hui les frontières de son parti et gagne l’ensemble de la droite de l’échiquier politique.
Officiellement, il s’agirait de favoriser les nationaux dans l’accès à l’emploi, au logement et aux aides publiques. Mais certains promoteurs de cette idée trahissent parfois leurs véritables intentions, révélant une cible bien plus précise que la seule question des étrangers.
Logement social : les Franco-Algériens dans le collimateur de la droite
L’exemple récent d’un responsable médiatique influent illustre ce glissement. Sur le plateau de LCI, Guillaume Roquette, directeur de la rédaction d’un grand quotidien national, a affiché sa surprise en apprenant que 47,3 % des familles d’origine algérienne occupent un logement social, tandis que « des centaines de milliers de Français attendent ».
Selon lui, « le critère de la nationalité devrait être prioritaire ». Une formulation qui revient, de fait, à ne pas considérer les Français d’ascendance algérienne comme des citoyens à part entière. Une prise de position perçue comme un dérapage lourd et une offense adressée à toute une communauté.
Sur le plateau, un autre intervenant a immédiatement pointé la dérive de ce raisonnement. Il a souligné que ces propos introduisaient une distinction non seulement entre Français et étrangers, mais aussi entre Français « pleins » et Français d’origine algérienne, considérés comme inférieurs, allant ainsi plus loin que le discours du RN lui-même.
Un Français d’origine algérienne est un citoyen français !
La droite veut non seulement discriminer les gens en fonction de leurs nationalités mais aussi en fonction de leurs origines !
Vous devriez avoir doublement honte ! #Siamotuttiantifascisti https://t.co/7ZmdLlFFkB— Bernard GEORGES (@BdGEORGES) September 16, 2026
Préférence nationale sur le logement : « une diversion, un mensonge »
Face à cette offensive, l’entrepreneur du numérique Rafik Smati, lui-même issu de l’immigration algérienne, a pris la parole sur le réseau social X. Il y a méthodiquement déconstruit les arguments de l’extrême droite sur la priorité nationale appliquée au logement social.
Il interpelle directement Marine Le Pen à travers un cas concret. « Entre un couple de Maliens installé en France depuis vingt ans, qui paie ses impôts et élève ses enfants ici, et un Français réfugié à Dubaï qui insulte la France sur les réseaux avant de vouloir y revenir, lequel devrait être prioritaire pour un HLM ? »
Des chiffres qui contredisent le discours
Rafik Smati appuie sa démonstration sur des données chiffrées. En France, 2,9 millions de foyers patientent pour obtenir un logement social. Cette année, sur les 400 000 logements attribués, seuls 50 000 reviendraient à des ressortissants étrangers.
« Prétendre régler une pénurie de 2,9 millions de logements en modifiant l’ordre d’attribution de 50 000 d’entre eux, c’est une diversion. Un mensonge, même », martèle-t-il. L’argument met en évidence le décalage entre la promesse politique et la réalité statistique du parc social.
Je veux poser une question à Marine Le Pen qui nous vend la « priorité nationale » comme LA solution à la crise du logement :
Entre un couple de Maliens qui travaille en France depuis 20 ans, paie ses impôts et élève ses deux enfants ici, et un Français exilé à Dubaï qui crache… pic.twitter.com/w5uoWTnEzd
— Rafik Smati (@RafikSmati) September 15, 2026
Une vision par l’origine qui inquiète les Franco-Algériens
La sortie de Rafik Smati a trouvé un écho chez plusieurs personnalités publiques. Malika Sorel, députée au Parlement européen née de parents algériens, a réagi en remerciant l’entrepreneur d’aborder le sujet sans détour et avec franchise.
Elle exprime toutefois une profonde amertume. « Quoi que nous fassions pour la France, nous restons, pour certains, des étrangers. C’est une lecture par l’ethnie, par les gènes. Triste. Dévastateur. J’aurais préféré ne jamais le découvrir », confie-t-elle.
Ce débat révèle une tension croissante autour de la place des Français issus de l’immigration dans la société. En transformant le logement social en instrument de division, une partie de la classe politique alimente un climat où l’origine prime sur la citoyenneté. Un basculement que dénoncent de nombreuses voix, attachées au principe d’égalité républicaine.




