La famille Rebrab conserve sa place dans le palmarès Forbes Middle East 2026 des plus grandes fortunes de la région MENA. Le fondateur de Cevital demeure l’unique représentant algérien parmi les 36 milliardaires recensés cette année. Sa fortune personnelle s’établit désormais à 3,6 milliards de dollars, en recul significatif par rapport aux années précédentes.
Forbes Middle East 2026 : une concentration des richesses dans le Golfe
L’édition 2026 du classement Forbes Middle East identifie 36 milliardaires répartis dans sept pays de la région MENA. Leur richesse cumulée atteint 137,3 milliards de dollars, affichant une progression de 8,9 milliards par rapport à l’année précédente. Paradoxalement, le nombre de fortunes recensées diminue, passant de 39 noms en 2025 à 36 cette année.
Le royaume saoudien occupe la première position avec 11 milliardaires totalisant 49 milliards de dollars. Les Émirats arabes unis suivent avec sept fortunes pesant 35,4 milliards. L’Égypte et le Liban comptent chacun six représentants dans ce palmarès.
Le Maroc affiche trois milliardaires représentant 3,4 % du total des fortunes : Othman Benjelloun du groupe Bank of Africa, Aziz Akhannouch à la tête d’Akwa Group et actuel chef du gouvernement, et Anas Sefrioui fondateur du Groupe Addoha. L’Algérie ne pèse que 2,6 % avec uniquement la famille Rebrab.
Issad Rebrab : une fortune en baisse et une interdiction de gestion
La fortune du patriarche algérien a fondu de manière spectaculaire. En 2021, il figurait parmi les cinq hommes les plus riches d’Afrique avec un patrimoine estimé à 5,1 milliards de dollars. Aujourd’hui, sa fortune s’élève à 3,6 milliards, soit une diminution de près de 30 %.
Fin décembre 2019, la justice algérienne l’a condamné à 18 mois d’emprisonnement, dont six mois fermes, assortis d’une amende de 1,3 milliard de dinars. Les charges portaient sur une surfacturation liée à l’importation d’équipements par EvCon, filiale du groupe Cevital. L’homme d’affaires avait déjà passé huit mois en détention provisoire.
Mi-2022, il a cédé les rênes du groupe à son fils Malik. Un an plus tard, en mai 2023, une décision judiciaire du pôle pénal économique et financier lui interdit toute fonction de gestion, d’administration ou toute activité commerciale au sein de ses entreprises. Cette interdiction reste active à ce jour.
Une succession familiale contrariée
En juillet 2025, Omar Rebrab, fils aîné du fondateur, s’est vu frapper d’une interdiction bancaire et commerciale sur l’ensemble du territoire national. La gestion opérationnelle du conglomérat repose désormais intégralement sur Malik Rebrab, seul aux commandes d’un empire économique fragilisé.
Le démantèlement des actifs européens de Cevital
L’estimation patrimoniale publiée par Forbes englobe le groupe Cevital, les marques Brandt en France, Alas Iberia en Espagne, Oxxo ainsi que divers biens immobiliers. Mi-mars 2026, le tribunal d’Orléans a approuvé la vente des marques Brandt, Sauter et De Dietrich au groupe Cafom pour seulement 18,6 millions d’euros.
Cette transaction représente une perte considérable. Cevital avait acquis Brandt en 2014 pour 220 millions d’euros. Douze ans plus tard, la cession s’opère à moins d’un dixième du prix d’achat initial. Cette opération s’accompagne du licenciement de 700 employés en France.
Une soixantaine d’anciens salariés ont intenté une action judiciaire contre Cevital devant les tribunaux français. Ce scénario rappelle l’échec de l’aciérie de Piombino en Italie, rachetée en 2015 puis cédée à JSW Steel trois ans plus tard. Le blocage des transferts de devises par la Banque d’Algérie avait alors paralysé le financement du projet.
Le déclin d’un modèle industriel transnational
L’entrepreneur algérien avait bâti son empire sur une stratégie d’expansion internationale ambitieuse. Sidérurgie italienne, électroménager français, aluminium espagnol, minerai brésilien : toutes ces branches ont été progressivement abandonnées ou revendues à perte.
Sur le sol algérien, l’usine de transformation de graines oléagineuses à Béjaïa, mise en service en mai 2023, constitue l’un des rares projets industriels récents encore opérationnels. Cette inauguration a eu lieu quelques jours seulement avant l’interdiction de gestion frappant le fondateur.
Le classement Forbes 2026 consacre également les géants de l’immobilier émirati et saoudien. Hussain Sajwani domine ce secteur avec une fortune de 15,3 milliards de dollars via DAMAC Properties. Son fils Abbas Sajwani, âgé de 26 ans, devient le plus jeune milliardaire du palmarès avec 1,9 milliard de dollars accumulés grâce à AHS Properties.
La présence d’Issad Rebrab dans le classement Forbes 2026 témoigne de la résilience du groupe Cevital malgré les turbulences judiciaires et financières. Toutefois, l’érosion continue de son patrimoine et le repli sur le marché domestique algérien illustrent les difficultés d’un capitalisme industriel maghrébin à s’implanter durablement sur la scène internationale. La transition générationnelle en cours s’effectue dans un contexte particulièrement contraint.