L’Algérie a judicieusement décidé d’investir dans le secteur des engrais. Le président Abdelmadjid Tebboune a affirmé en décembre 2023 que les engrais deviennent un produit d’une importance cruciale, surpassant même le gaz et le pétrole. Selon lui, la possession des engrais confère un pouvoir considérable.
Un impact mondial
La guerre en Iran a des conséquences significatives sur le commerce international, y compris sur celui des engrais. La perturbation des chaînes d’approvisionnement a provoqué une hausse des prix des engrais, menaçant ainsi de mettre en péril des secteurs agricoles entiers à l’échelle mondiale. Pour l’Algérie, qui réalise ses plus grosses ventes à l’exportation hors hydrocarbures grâce aux engrais, cette situation pourrait se révéler très avantageuse, en parallèle avec l’augmentation des prix des pétrole et gaz. Le marché mondial des engrais subit également des perturbations dues à la fermeture du détroit d’Ormuz, passant par lequel transite un tiers des livraisons mondiales. Des exportateurs majeurs de la région du Golfe, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, ont interrompu leurs expéditions.
La flambée des coûts du gaz influe directement sur le prix de production des engrais, où le gaz représente environ 80 % de la facture des coûts. Cette période de l’année est cruciale pour le secteur agricole européen, qui dépend de l’apport en engrais pour plusieurs cultures. Les experts anticipent une augmentation des prix des produits alimentaires si la guerre en Iran se prolonge. En Europe, le coût des différents types d’engrais avoisine actuellement les 600 USD la tonne, et les prévisions suggèrent un retour à des niveaux alarmants similaires à ceux de 2022, où le prix de la tonne d’urée avait atteint 1000 euros suite au conflit en Ukraine.
Position de l’Algérie sur le marché mondial
La FAO prévoit une nouvelle hausse des prix des engrais, qui pourrait atteindre entre 15 et 20 % durant le premier semestre 2026. Le nitrate d’ammonium calcaire, un des engrais azotés les plus utilisés au monde, a déjà connu une augmentation d’environ 15 % en un mois. L’OMC souligne que les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur le secteur des engrais constituent un sujet de préoccupation majeur. L’organisation met en garde contre un « effet cumulé » sur les récoltes et les prix l’année prochaine. Si le détroit d’Ormuz venait à être fermé pendant trois mois, l’effet serait indéniable. Pour l’Algérie, cela pourrait signifier une augmentation significative de ses revenus d’exportation en dehors du secteur des hydrocarbures, étant donné qu’elle se positionne comme le cinquième exportateur mondial, avec un volume d’environ 7 millions de tonnes d’engrais manufacturés et semi-finis exportés annuellement.
Les exportations d’engrais de l’Algérie
En 2022, les engrais étaient le principal produit exporté par l’Algérie en dehors des hydrocarbures, atteignant près de deux milliards de dollars. Toutefois, ce chiffre a chuté à 1,2 milliard de dollars en 2023, en raison de la baisse des prix du pétrole. L’Algérie s’emploie à augmenter ses capacités de production et ses volumes d’exportation pour se positionner comme un acteur de premier plan sur le marché global des engrais. Le pays met en avant le développement du projet intégré d’exploitation du gisement de phosphate de Tébessa. Dans sa stratégie pour l’exploitation des ressources minérales, l’Algérie privilégie la transformation des matières premières avant leur exportation.
Le président Tebboune a exprimé l’intention de renforcer l’intégration des processus de production, en visant à répondre aux besoins d’une large partie du continent africain. Selon lui, il est de la responsabilité de l’Algérie d’apporter son aide à l’Afrique. Le premier exportateur mondial d’engrais reste la Russie, suivie de plusieurs pays du Moyen-Orient (Oman, Qatar, Arabie Saoudite) et deux nations africaines (Algérie et Nigéria).