À mesure que la campagne présidentielle française de 2027 se profile, Édouard Philippe affûte son discours sur l’immigration et place de nouveau l’Algérie au cœur de ses priorités. L’ancien chef du gouvernement propose de diviser par deux l’immigration légale, de limiter le regroupement familial et de dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, des orientations qui pourraient bouleverser les titres de séjour de nombreux Algériens établis en France.
Diviser par deux l’immigration légale : une ligne assumée
Dans une interview publiée le 27 octobre par Le Point, le président du parti Horizons a confirmé sa volonté de réduire de moitié l’immigration légale durant le prochain mandat présidentiel. Sa stratégie repose sur une sélection resserrée des titres de séjour.
Concrètement, l’accès au séjour serait réservé en priorité aux étrangers venus travailler ou étudier sur le territoire français. L’ancien Premier ministre entend également revoir en profondeur le traitement des demandes d’asile, jugé selon lui trop permissif.
Cette feuille de route avait déjà été esquissée le 8 octobre sur le plateau de France 2. Édouard Philippe avait alors fixé un cap chiffré : délivrer nettement moins de 200 000 titres de séjour par an, assorti d’un gel du regroupement familial pour toute la durée du quinquennat.
L’immigration de travail préservée
Malgré cette fermeté affichée, le candidat assure ne pas vouloir fermer complètement les frontières aux travailleurs étrangers. Il reconnaît que plusieurs secteurs de l’économie française resteront dépendants d’une main-d’œuvre venue de l’extérieur.
Cette nuance témoigne d’une volonté de concilier le durcissement migratoire avec les réalités du marché de l’emploi. L’enjeu, pour lui, serait donc de trier davantage plutôt que de tout verrouiller.
L’accord franco-algérien de 1968 directement visé
La proposition qui touche le plus frontalement les ressortissants algériens concerne la remise en cause de l’accord signé le 27 décembre 1968. Édouard Philippe souhaite abolir ce cadre dérogatoire et adopter une posture plus ferme envers les pays d’origine, l’Algérie en tête.
Cet accord régit depuis plus d’un demi-siècle les conditions d’entrée, de séjour et d’activité professionnelle des Algériens en France. Il instaure un régime à part, différent du droit commun imposé aux autres nationalités étrangères.
Dans ce cadre, les Algériens ne reçoivent pas les titres de séjour classiques mais des certificats de résidence, délivrés pour une durée d’un an ou de dix ans. Cette spécificité constitue l’une des pierres angulaires du dispositif.
Des avantages familiaux menacés
Le texte prévoit aussi des règles particulières en matière de vie familiale. Les membres d’une famille accueillis au titre du regroupement familial obtiennent un titre de séjour calqué sur celui du proche qu’ils rejoignent.
Autre privilège notable : un Algérien peut, sous conditions, solliciter un certificat de résidence de dix ans après seulement trois années passées en France. Dans le régime général, ce délai s’élève à cinq ans.
Si l’accord venait à être dénoncé, plusieurs de ces dispositions avantageuses seraient fragilisées. L’ampleur réelle des changements dépendrait néanmoins des choix juridiques effectués et d’éventuelles mesures transitoires.
Des annonces qui ne modifient rien dans l’immédiat
Pour les Algériens résidant en France, ces déclarations méritent une vigilance particulière, qu’il s’agisse de l’obtention d’un titre de séjour, de son renouvellement ou des démarches familiales. Toutefois, il ne s’agit encore que de propositions portées par un prétendant à l’Élysée.
À ce jour, aucune de ces annonces n’entraîne de changement effectif dans les droits des ressortissants algériens. Remettre en cause l’accord de 1968 supposerait un processus institutionnel et diplomatique de longue haleine.
En attendant d’éventuelles décisions concrètes, cet accord continue d’encadrer l’essentiel des règles applicables aux Algériens pour circuler, séjourner et travailler sur le sol français. Les débats autour de son avenir risquent cependant d’occuper une place croissante dans la campagne de 2027.


