Les exportations de pétrole algérien vers la Corée du Sud ont enregistré un bond spectaculaire en mai 2026, selon les chiffres publiés par la compagnie pétrolière publique sud-coréenne KNOC. Cette accélération des livraisons s’inscrit dans un contexte de tensions au Moyen-Orient qui bouleversent les circuits d’approvisionnement énergétique mondiaux.
Au cours du mois de mai 2026, Séoul a réceptionné 3,64 millions de barils de brut algérien, d’après les données de la Korea National Oil Corporation (KNOC). Ce chiffre traduit une envolée de 263,3 % par rapport au mois d’avril précédent, période durant laquelle les volumes acheminés depuis l’Algérie plafonnaient à 1,003 million de barils.
La dynamique se confirme sur une base annuelle, avec une hausse de 47,1 % entre mai 2025 et mai 2026. Sur les cinq premiers mois de l’année, la Corée du Sud a importé 9,31 millions de barils de pétrole algérien, contre 6,5 millions un an plus tôt, soit une croissance de 43,6 %.
Les tensions au Moyen-Orient redessinent la carte des exportations de pétrole algérien
Le conflit impliquant l’Iran a fortement perturbé les acheminements de brut depuis la région du Golfe. Face à ces blocages, Séoul a accéléré la diversification de ses fournisseurs. Les données de la KNOC montrent un recul de 32 % des importations sud-coréennes en provenance du Moyen-Orient en mai 2026, soit 39,42 millions de barils.
Plusieurs supertankers de type VLCC (Very Large Crude Carrier) n’ont pas pu charger ni livrer dans les délais prévus des bruts acides de qualité moyenne et lourde extraits du Moyen-Orient. Troisième importateur de pétrole d’Asie, la Corée du Sud s’est donc tournée vers d’autres bassins de production, notamment le continent africain.
Une fenêtre d’opportunité pour le brut maghrébin
Cette reconfiguration profite directement aux producteurs d’Afrique du Nord. L’Algérie, dotée d’un brut de référence apprécié pour sa qualité, le Sahara Blend, se positionne comme un partenaire fiable. La proximité géographique relative et la stabilité des flux renforcent son attractivité auprès des acheteurs asiatiques en quête de sécurité d’approvisionnement.
Le pétrole algérien face à la concurrence des autres fournisseurs
Les importations sud-coréennes en provenance des Émirats arabes unis ont doublé sur un an, passant de 6,4 à 13,15 millions de barils en mai 2026. La progression mensuelle atteint 22,2 % par rapport à avril. Sur les cinq premiers mois de l’année, les volumes émiratis ont gagné 18,9 %.
Du côté saoudien, les achats ont culminé à 18,84 millions de barils en mai 2026, en hausse de 18,1 % sur un mois. Mais la tendance annuelle reste orientée à la baisse, avec un repli de 28,4 % sur un an. Sur la période janvier-mai, le brut saoudien totalise 121,56 millions de barils, contre 136,9 millions en 2025, soit un recul de 11 %.
Ces évolutions confirment un rééquilibrage du marché asiatique, où les fournisseurs traditionnels du Golfe cèdent une part de terrain à des acteurs alternatifs, dont l’Algérie figure parmi les bénéficiaires.
Coopération renforcée entre l’Algérie et la Corée du Sud autour du pétrole
Au début du mois de juin 2026, le chef de la diplomatie sud-coréenne a reçu son homologue algérien Ahmed Attaf à Séoul. Les discussions ont notamment porté sur l’acquisition de pétrole algérien. Cet entretien s’est tenu en marge d’une rencontre réunissant les ministres des Affaires étrangères de onze pays africains.
Les deux nations ont par ailleurs marqué le vingtième anniversaire de leur partenariat stratégique. Elles se sont engagées à approfondir leur collaboration dans les secteurs de l’énergie et de la défense. En mai 2026, la Corée du Sud avait sécurisé environ 90 % de ses besoins en brut, couvrant 72,82 millions de barils.
Une diplomatie énergétique au service du Maghreb
Pour Alger, ce rapprochement dépasse la simple transaction commerciale. Il consolide la position du pays comme hub énergétique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Dans un Maghreb où l’énergie demeure un levier diplomatique majeur, l’élargissement des débouchés vers l’Asie offre à l’Algérie une marge de manœuvre stratégique accrue.
La progression des exportations de pétrole algérien vers la Corée du Sud illustre la capacité du pays à saisir les opportunités créées par l’instabilité du marché mondial. Reste à savoir si cette tendance se confirmera une fois les tensions au Moyen-Orient apaisées, ou si elle marquera un repositionnement durable des flux énergétiques au profit de l’Afrique du Nord.