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Algérie : le mystère des viandes importées qui ont disparu

En Algérie, le prix des viandes importées reste au cœur des préoccupations, trois ans après la réouverture de ce marché. Face à l’échec des mesures incitatives, les autorités basculent désormais vers une stratégie de sanctions. Le président Abdelmadjid Tebboune a réclamé l’ouverture d’une enquête pour comprendre où ont disparu les bénéfices attendus.

Des viandes importées toujours hors de portée des ménages

Depuis le retour des importations, les tarifs n’ont jamais baissé comme espéré. Les familles aux revenus modestes continuent de peiner à accéder à cette source essentielle de protéines.

Dimanche dernier, le chef de l’État a tranché : il veut savoir à qui ont réellement profité les volumes considérables introduits sur le territoire. La question, posée sans détour, vise à identifier les failles dans la chaîne de distribution.

Une série de dispositifs coûteux pour les caisses de l’État

La problématique mérite une enquête approfondie. Il s’agit de désigner les responsables et de comprendre où s’évaporent les cargaisons importées, ainsi que les acteurs qui en tirent profit.

Pour rendre la viande rouge abordable, l’Algérie a multiplié les leviers. D’abord en soutenant les éleveurs locaux à travers des aides sur les fourrages et les aliments pour bétail. Ensuite, en libéralisant les importations.

Cette ouverture a été décidée en septembre 2023 par le ministère de l’Agriculture. Les opérateurs intéressés devaient soumettre leurs dossiers via une plateforme numérique dédiée et présenter leur plan d’importation annuel. L’espoir d’un recul des prix semblait alors fondé.

Des avantages douaniers prolongés jusqu’en 2029

La loi de finances 2026 a instauré un taux douanier réduit à 5 % pour les viandes bovines et ovines fraîches sous vide, les viandes blanches congelées, mais aussi pour les cheptels vivants destinés à l’abattage ou à l’engraissement.

Le projet de loi de finances 2027 envisage de maintenir cet avantage jusqu’au 31 décembre 2029. Par ailleurs, un décret exécutif d’avril 2024 a plafonné les marges : 4 % à l’importation, 5 % pour le gros et 8 % pour le détail.

Le président ordonne l’ouverture d’enquêtes sur le terrain

Avec un tel arsenal de mesures, une diminution des prix paraissait inévitable. Sur le terrain, la viande importée s’est d’abord vendue à des tarifs raisonnables, variables selon l’origine, qu’elle provienne d’Espagne ou du Brésil.

Mais le premier dérapage est apparu rapidement. L’afflux massif de produits importés n’a eu aucun impact sur la viande locale, dont le prix a continué de grimper jusqu’à franchir les 3 300 dinars le kilogramme.

Pire encore : la viande importée, initialement proposée entre 800 et 1 200 dinars le kilo, a vu ses tarifs s’envoler jusqu’à rejoindre ceux du marché local. Des pratiques frauduleuses sont manifestement en cause.

Monopoles et écarts de prix entre régions

Le communiqué du conseil des ministres du dimanche 18 octobre pointe plusieurs dérives : des « monopoles constitués par certains importateurs » et des bouchers vendant la viande importée « aux mêmes prix que la viande locale ».

Le texte évoque également d’importants écarts tarifaires d’une wilaya à l’autre, voire entre différents quartiers d’une même ville. Le président a chargé le Premier ministre de diligenter des enquêtes, lancées dès le lendemain par le ministère du Commerce.

Spéculation et appât du gain, un fléau persistant

Cette démarche est salutaire. Il est inacceptable que des efforts publics, qui pèsent lourdement sur les recettes fiscales, soient détournés par des opérateurs pour s’enrichir illégalement au détriment de l’État et des consommateurs.

À l’image de la lutte menée contre les petits spéculateurs de produits alimentaires, qui a produit des effets immédiats, une réponse ferme s’impose. Ces abus neutralisent les politiques publiques et privent les citoyens modestes de protéines indispensables.

Le phénomène dépasse largement le cas de la viande rouge. Chaque dispositif de soutien ou de régulation déclenche presque systématiquement des tentatives de détournement, portées par une cupidité insatiable qui mine l’ambition sociale du pays.

En lançant ces enquêtes, l’Algérie entend protéger ses mécanismes de régulation et garantir aux ménages un accès équitable aux produits essentiels. Reste à savoir si cette offensive répressive parviendra à assainir durablement une chaîne de distribution gangrenée par les pratiques opaques.

Abdel
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Journaliste chevronné, je vous propose des articles qui traitent de l'actualité maghrébine et de la diaspora en général.

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