Le groupe italien Bonifiche Ferraresi (BF) projette de se lancer dans la culture de maïs fourrager à Timimoun. Au départ, ce groupe avait été sélectionné en Algérie pour produire du blé dur, mais il a par la suite exprimé son souhait d’investir dans l’engraissement de taurillons, un domaine dans lequel il est un leader en Italie.
Des infrastructures rapidement mises en place par Bonifiche Ferraresi
À Timimoun, la base de vie du groupe Bonifiche Ferraresi a été érigée en quelques mois. Un reportage de la Télévision algérienne a montré des cabines sahariennes, qui servent de bureaux et d’hébergement pour une vingtaine de travailleurs, ainsi que des hangars dotés d’équipements modernes, jusque-là jamais vus en Algérie. Des images aériennes révèlent un agencement de champs circulaires irrigués par des systèmes de rampes pivots. Sous les hangars, on aperçoit des tracteurs puissants, de plus de 100 CV à quatre roues motrices, ainsi que des semoirs géants de la marque suédoise Väderstad. Contrairement aux semoirs traditionnels de 3 mètres, ceux utilisés ici mesurent 12 mètres de large, avec des extrémités pouvant se replier grâce à des vérins hydrauliques. On remarque également l’absence de charrues et de cultures de couverture sous ces hangars.
Avec ce matériel dernier cri, BF affiche sa signature : l’abandon du labour traditionnel au profit d’un seul passage qui inclut le semis et l’apport d’engrais. Le groupe vise à exploiter 36 000 hectares, ce qui justifie l’élimination du labour, une opération qui consomme beaucoup de temps et de carburant. À la saison précédente, Bonifiche Ferraresi a déjà réussi à emblaver 2 000 hectares de blé, sur des parcelles de 40 hectares chacune, également irriguées par des rampes pivots. L’expertise italienne se reflète aussi dans la gestion des systèmes d’irrigation, effectuée via des ordinateurs par des ingénieurs et techniciens diplômés d’universités algériennes.
Néanmoins, l’efficacité de l’expertise italienne en matière de fertilisation azotée reste à prouver, car un manque en engrais pourrait affecter la qualité du blé dur, produisant plus de farine que de semoule. Non loin d’un hangar, plusieurs groupes électrogènes sont visibles. Le quotidien Echourouk souligne que le projet attend l’achèvement des travaux de bitumage des routes et des chemins, ainsi que le raccordement à l’électricité. Mohamed Fayçal, représentant du consortium algéro-italien, exprime sa satisfaction et indique à la Télévision algérienne que « en juin, nous récolterons le blé algéro-italien. » Mohamed Hidoussi, le directeur de l’exploitation, rappelle que l’investissement s’élève à 420 millions d’euros et permettra l’exploitation des 36 000 hectares. À terme, le projet inclura la construction de silos et une unité de transformation.
Un projet axé sur le blé dur et le maïs fourrager
D’après Echourouk, en plus de la production de blé dur, le groupe italo-algérien a l’intention de cultiver du maïs fourrager. Bien que le matériel spécifique pour la récolte ne soit pas encore visible dans les hangars, des semis devraient être effectués à la fin août dans le cadre de la rotation des cultures sur des parcelles précédemment consacrées au blé dur. Lors des premiers envois de matériel pour le blé, Mohamed Fayçal a souligné la rapidité des procédures douanières.
Bonifiche Ferraresi semble donc s’orienter vers des pratiques agricoles courantes dans le sud : deux cultures par an, d’abord du blé dur, puis du maïs fourrager après la récolte. Ce fourrage pourra être récolté quelques mois plus tard, soit sous forme d’ensilage, soit en balles d’une tonne, très prisées par les éleveurs de bovins et de moutons. En mars 2025, Federico Vecchioni, le directeur de BF, annonçait que le groupe souhaitait également s’investir dans d’autres secteurs clés en Algérie, tels que le lait, la viande et les fourrages, et avait soumis un projet d’investissement à ce sujet aux autorités algériennes.
Bonifiche Ferraresi : une vitrine de l’engraissement italien
Bonifiche Ferraresi bénéficie d’une solide expérience dans le domaine de l’élevage. En 2017, des publications spécialisées en France désignaient le groupe comme une « vitrine de l’engraissement italien ». Dans la riche plaine du Pô, BF gère un élevage de 5 000 taurillons logés dans pas moins de dix bâtiments, chacun ayant une capacité de 500 places. Les animaux, pesant environ 450 kg, proviennent de France et sont engraissés pendant six mois pour atteindre un poids de 700 à 750 kg. La revue Réussir Bovins précise que leur alimentation se compose de divers fourrages, dont du maïs et du soja. Ce mode d’engraissement, typique de la plaine du Pô, demande d’importantes quantités de fourrages et d’eau. Il reste à savoir si cette méthode peut être adaptée à Timimoun, dans le désert algérien.