Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a multiplié les déclarations remarquées lors de son récent séjour à Alger. Interrogé sur les relations franco-algériennes, il a plaidé pour un nouveau cadre bilatéral destiné à remplacer l’accord historique de 1968. Cette position marque une inflexion notable dans le discours officiel français vis-à-vis de son partenaire maghrébin.
La France souhaite dépasser l’accord de 1968 avec l’Algérie
Lors d’une intervention sur la chaîne CNews ce mardi 19 mai 2026, le garde des Sceaux a défendu l’idée d’une refonte complète de l’accord bilatéral régissant l’immigration. Ce texte, signé il y a près de soixante ans, fait régulièrement l’objet de critiques virulentes dans le paysage politique français.
Selon Gérald Darmanin, les transformations démographiques et sociétales justifient amplement cette révision. Le ministre a rappelé que la population algérienne comptait entre 12 et 13 millions d’habitants à l’époque de la signature. Les deux sociétés ont profondément évolué depuis l’ère gaullienne, rendant caduc ce cadre juridique vieillissant.
Cette prise de position survient dans un contexte où Paris cherche à moderniser ses relations avec Alger. L’accord de 1968 demeure pourtant un symbole fort des liens historiques tissés au lendemain de l’indépendance algérienne.
Un traité d’amitié franco-algérien évoqué pour la première fois depuis vingt ans
Le chef de la diplomatie judiciaire française est allé plus loin en exprimant son aspiration à conclure un traité d’amitié entre les deux nations. Une telle ambition nécessiterait une renégociation globale respectueuse de la souveraineté des deux parties, a-t-il précisé.
Cette perspective n’est pas inédite dans l’histoire récente des relations bilatérales. Un projet similaire avait été lancé au début des années 2000 par les présidents Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac. Mais les divergences politiques et mémorielles avaient conduit à son abandon progressif.
L’évocation publique de cette ambition par un ministre de premier plan constitue une première depuis deux décennies. Darmanin a souligné que l’exécutif français, à commencer par le président de la République, partageait cette vision d’un nouveau partenariat stratégique.
Une coopération sécuritaire qualifiée d’excellente entre Paris et Alger
Le ministre a également salué la qualité de la collaboration antiterroriste franco-algérienne. Fort de son expérience de quatre ans et demi au ministère de l’Intérieur, il a qualifié cette coopération d’exceptionnelle dans le domaine du renseignement.
L’Algérie représente un partenaire incontournable pour la France dans la lutte contre le terrorisme, selon le responsable français. Les deux pays travaillent côte à côte pour garantir la sécurité de leurs ressortissants respectifs.
Darmanin a révélé que les services de renseignement algériens avaient contribué au succès sécuritaire des Jeux olympiques organisés en France. Les échanges entre services secrets sont quasi quotidiens, témoignant d’une confiance mutuelle solide. Cette collaboration s’étend également à la région sahélienne, où Alger demeure un acteur majeur.
Restitution des fonds détournés et dimension africaine de l’Algérie
Concernant le dossier sensible des avoirs mal acquis, le ministre français s’est engagé à traiter les demandes algériennes avec le plus grand sérieux. Il a reconnu l’importance accordée par le président Abdelmadjid Tebboune à ce dossier épineux.
Face aux accusations de complaisance formulées par le Rassemblement national, Darmanin a vivement répliqué. Il a affirmé qu’aucune leçon n’était à recevoir d’un mouvement qui serait contraint, s’il accédait au pouvoir, de dialoguer avec le plus grand pays d’Afrique.
Le garde des Sceaux a d’ailleurs insisté sur la dimension continentale de l’Algérie, soulignant qu’on ne pouvait se passer de ce partenaire stratégique. Il a exprimé son respect pour le peuple algérien et sa contribution régionale.
Le cas d’un ressortissant français détenu en Algérie évoqué
Interrogé sur la situation de Christophe Gleizes, citoyen français actuellement détenu en Algérie, le ministre a exprimé son espoir d’une libération prochaine. Il a affiché sa confiance envers le président algérien pour résoudre cette affaire consulaire délicate.
Les déclarations de Gérald Darmanin illustrent la volonté française de normaliser et d’approfondir ses relations avec Alger. Entre nécessité stratégique et héritage historique complexe, les deux pays semblent s’orienter vers une nouvelle phase de leur partenariat bilatéral, bien que les obstacles demeurent nombreux sur le plan mémoriel et politique.