Les refus de visa Schengen représentent un coût financier massif pour les ressortissants algériens, selon un rapport publié en mai 2026 par la Fondation Mo Ibrahim. L’Algérie se hisse au premier rang mondial des pays dont les citoyens perdent le plus d’argent dans ce processus consulaire. Ce constat accablant est au cœur du document « Africa on the move », dévoilé à l’occasion du sommet Africa Forward de Nairobi.
Un rapport sur la mobilité africaine au cœur de l’actualité
La Fondation Mo Ibrahim a présenté ce document de 64 pages lors du sommet Africa Forward, organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, sous la coprésidence de la France et du Kenya. Le rapport dresse un tableau complet des obstacles à la libre circulation des personnes, des marchandises et des services à travers le continent africain. Les données mobilisées proviennent de la Commission européenne ainsi que du collectif LAGO. Ensemble, ces sources permettent de quantifier précisément les sommes englouties chaque année dans des demandes de visa rejetées sans remboursement possible.
Plus de 706 000 demandes de visa Schengen rejetées en Afrique en 2024
À l’échelle du continent, le bilan 2024 est sévère : plus de 706 000 dossiers de demande de visa Schengen ont été refusés. Ce chiffre positionne l’Afrique parmi les régions du monde les plus pénalisées par les politiques consulaires européennes. La moyenne mondiale de refus s’établit à 16 %, un seuil largement dépassé par de nombreux pays africains. En 2024, sept des dix nationalités affichant les taux de rejet les plus élevés dans l’espace Schengen étaient africaines. Trois pays du continent totalisent à eux seuls la moitié des refus enregistrés : l’Algérie, le Maroc et l’Égypte. Ce poids s’explique par le très grand nombre de demandes déposées chaque année par les ressortissants de ces trois nations maghrébines.
L’Algérie, premier pays au monde pour les pertes liées aux rejets de visa
Avec 15 millions d’euros de frais consulaires perdus en 2024, l’Algérie occupe la première place mondiale de ce classement peu enviable. Ce montant représente plus du quart des pertes totales subies par l’ensemble des demandeurs africains sur la même période. Ce résultat s’explique par le volume exceptionnel de dossiers déposés : 530 000 demandes de visa Schengen formulées par des Algériens en une seule année. Aucun autre pays au monde ne génère autant de pertes cumulées sur ce poste, devançant même la Turquie et l’Inde. Le Maroc arrive en deuxième position avec 9,8 millions d’euros de frais engagés pour des dossiers finalement rejetés. L’Égypte complète ce podium nord-africain avec 4,5 millions d’euros perdus. À elles trois, ces nations du Maghreb et du Proche-Orient concentrent une part écrasante du coût total africain, évalué à environ 60 millions d’euros par an.
Au-delà des chiffres algériens, le rapport met en lumière des taux de refus particulièrement élevés pour plusieurs nationalités africaines. Les Comoriens font face au taux le plus important : 62,8 % de leurs demandes sont refusées. Le Sénégal enregistre 46,8 % de rejets, la Guinée-Bissau 46,4 % et le Nigeria 45,6 %. Ces pourcentages contrastent brutalement avec la moyenne mondiale fixée à 16 %. Ils traduisent une réalité quotidienne difficile pour des millions de personnes souhaitant se déplacer en Europe pour des raisons professionnelles, familiales ou touristiques. La règle des frais non remboursables aggrave encore la situation. Quel que soit le motif de rejet invoqué par les services consulaires, les demandeurs ne récupèrent jamais les sommes versées. Les justifications avancées lors des refus sont par ailleurs souvent jugées insuffisantes ou peu transparentes par les candidats concernés.
Une dépendance structurelle au visa Schengen pour les voyageurs africains
Le rapport souligne une contrainte structurelle qui amplifie ce phénomène : 21 pays africains disposent d’un passeport offrant un accès sans visa à moins de trente destinations dans le monde. Cette faible mobilité passeportaire pousse mécaniquement les voyageurs africains à multiplier les demandes de visas Schengen pour accéder à l’espace européen. Pour les ressortissants maghrébins, cette dépendance est particulièrement forte. Les liens économiques, familiaux et culturels avec l’Europe du Sud — notamment la France, l’Espagne et l’Italie — génèrent une demande soutenue de visas, dont une fraction significative se solde par un refus coûteux. Le coût cumulé des rejets de visa Schengen révèle ainsi une inégalité profonde dans l’accès à la mobilité internationale. À l’heure où les dirigeants africains et européens se réunissent pour discuter de coopération et de développement, ces chiffres posent une question centrale : jusqu’où les politiques consulaires freinent-elles les échanges entre les deux continents ?
