L’Algérie intensifie le recouvrement d’avoirs détournés à l’étranger avec l’appui d’organismes internationaux et de nouvelles coopérations judiciaires. Les détails dans cette édition du jour.
Début du recouvrement judiciaire international
Depuis le début de 2020, l’Algérie a engagé une procédure judiciaire à l’échelle mondiale pour le recouvrement d’avoirs détournés placés à l’étranger. Les autorités ont d’abord transmis des commissions rogatoires et des demandes officielles à quinze juridictions, dans le but d’identifier les sommes blanchies ou déposées à l’étranger par d’anciens responsables politiques et financiers mis en cause pour corruption et blanchiment.
Au total, le pays a formulé 335 requêtes d’entraide judiciaire internationale auprès de 32 États, visant à tracer, geler et confisquer des produits illicites. Ces actions s’appuient sur la collaboration d’Interpol et sur l’adhésion récente de l’Algérie au Réseau inter-agences pour le recouvrement des avoirs au Moyen-Orient (MENA Asset Recovery Network).
Parmi les cinquante-quatre demandes de restitution, figurent des saisines dirigées vers plus d’une dizaine de pays, notamment la France, l’Espagne, la Suisse et le Luxembourg. Plusieurs mécanismes de retour des fonds ont été activés dans ces différents États, selon le quotidien El Watan.
Partenariat avec l’Initiative StAR et cas Kouninef
En janvier 2024, l’Algérie a déposé une requête formelle auprès des autorités judiciaires de Madrid. En août 2025, elle a étendu sa démarche en sollicitant l’appui de l’Initiative StAR (Stolen Asset Recovery Initiative), portée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime et le Groupe de la Banque mondiale.
D’après des responsables de StAR, l’organisation « collabore actuellement avec les autorités algériennes, l’un de ses pays prioritaires, afin de soutenir les efforts de recouvrement d’avoirs volés et de faciliter la coopération internationale ». Selon la Banque mondiale, près de 10 milliards de dollars de produits issus de la corruption ont été gelés, confisqués ou restitués grâce à ce dispositif.
La demande concerne tout particulièrement les avoirs liés à Reda Kouninef et à son entourage en Espagne. Les actifs ciblés incluent des comptes bancaires, des biens immobiliers à Torrevieja et à Benidorm (province d’Alicante), détenus chez Bankinter et BBVA, ainsi qu’une propriété de haut standing et des biens enregistrés au nom de Fatima Kouninef.
Dossiers en Suisse et adhésion aux normes fiscales
L’Algérie a également requis l’assistance de StAR pour le dossier du « scandale de l’autoroute Est-Ouest », qui porte sur des fonds publics détournés et dissimulés sur la place financière suisse par d’anciens responsables. La première phase concerne près de 700 000 euros devant être gelés, confisqués puis restitués au Trésor public algérien.
Le Forum mondial sur le recouvrement d’avoirs (GFAR), plateforme soutenue par StAR, forme et accompagne les enquêteurs et procureurs chargés de localiser les actifs illicites et de favoriser la coopération avec les centres financiers. Depuis juillet 2023, des actions sont menées pour faciliter les échanges directs entre l’Algérie et d’autres pays requérants.
Sur le plan fiscal, l’Algérie est devenue, début octobre 2024, la 148e partie à la Convention multilatérale d’assistance administrative mutuelle en matière fiscale. Cette adhésion permet l’application de la norme d’échange automatique de renseignements (EAR) de l’OCDE, regroupant des informations telles que l’identité, l’adresse, le numéro d’identification fiscale, le solde des comptes et les revenus du capital.
Ces dispositifs offrent désormais aux autorités fiscales algériennes un cadre renforcé pour détecter les flux liés à la fraude, à l’évasion fiscale et au blanchiment d’argent, dans l’objectif d’optimiser la coopération internationale, de consolider les outils juridiques nationaux et de faciliter le rapatriement des avoirs indûment transférés.