L’inflation au Maroc pèse de plus en plus lourd sur le quotidien des habitants, contraints de revoir leurs dépenses à la baisse. Alors que l’économie du royaume traverse une période délicate, les conséquences se répercutent directement sur une population dont une large part vivait déjà dans la précarité. Les derniers chiffres officiels, tout comme les observations relevées sur le terrain, confirment cette tendance inquiétante.
Les trois quarts des ménages marocains constatent une baisse de leur niveau de vie
Une enquête réalisée par le Haut-Commissariat au plan (HCP), diffusée à la mi-octobre, dresse un tableau préoccupant. Pas moins de 76,3 % des foyers interrogés affirment que leurs conditions de vie se sont détériorées au cours des douze derniers mois.
À l’inverse, 18,5 % des ménages jugent que leur situation est restée stable, tandis qu’une minorité de 5,2 % seulement perçoit une amélioration. Ces données traduisent un affaiblissement généralisé du pouvoir d’achat au Maroc.
Pour faire face à leurs dépenses courantes, 39 % des familles déclarent devoir recourir à l’emprunt ou entamer leurs économies. La part de ceux qui réussissent encore à mettre de l’argent de côté reste dérisoire, atteignant à peine 2,8 %.
Un moral en berne pour l’avenir
Les perspectives ne portent guère à l’optimisme. Plus de la moitié des sondés, soit 51,7 %, redoutent une aggravation de leur situation dans l’année à venir.
En parallèle, 39,6 % misent sur une stabilité, et seulement 8,7 % espèrent une embellie. Par ailleurs, 61,3 % des foyers anticipent une montée du chômage dans les prochains mois.
Cette défiance se reflète dans l’indice de confiance des ménages (ICM), en recul par rapport au deuxième trimestre : il est passé de 60,1 à 59,2 points, confirmant un climat social tendu.
Maroc : la flambée des prix alimentaires frappe de plein fouet
La hausse des prix au Maroc s’étend à de nombreux secteurs, à commencer par les carburants et les denrées alimentaires. Ce phénomène touche désormais l’ensemble des produits de consommation courante.
D’après l’enquête du HCP, la quasi-totalité des ménages interrogés, soit 95,9 %, estiment que le coût des produits alimentaires a grimpé. Un constat partagé par les observateurs ayant sillonné les marchés du royaume.
Sur le terrain, les témoignages se multiplient pour décrire la difficulté croissante à boucler les fins de mois. Les familles doivent arbitrer entre leurs besoins essentiels, souvent au détriment de la qualité ou de la quantité.
Des étals de plus en plus inaccessibles
« Personne n’arrive à joindre les deux bouts », confie un chef de famille sur le point de partir à la retraite. Il évoque notamment le prix de la tomate, qui a atteint 15 dirhams le kilogramme.
La viande n’échappe pas à cette envolée : son prix est passé de 70 à 80 dirhams à des sommets de 150, voire 250 dirhams. « Les clients réduisent leurs achats, certains prennent à peine un demi-kilo de légumes », rapporte un commerçant.
Un Maroc exposé aux secousses du marché mondial
Le royaume figure parmi les économies les plus sensibles aux turbulences du commerce international. La moindre perturbation extérieure se traduit rapidement par des répercussions internes.
Les inégalités profondes qui marquent la société marocaine amplifient ce phénomène. Les catégories les plus modestes, qui constituent le gros de la population, subissent de plein fouet le poids de l’inflation.
Les statistiques publiées en octobre révèlent un affaiblissement du dirham face au dollar, en recul de 6,5 % depuis la fin juillet. Dans le même temps, le coût des importations a bondi, érodant à la fois les réserves de change et le pouvoir d’achat.
Des secteurs clés fragilisés
La situation est aggravée par les tensions au Moyen-Orient, qui ont durement affecté la filière des phosphates, pilier des exportations marocaines. De son côté, le tourisme a vu son rythme de croissance nettement ralentir.
Ces difficultés surviennent alors que le royaume engage des dépenses considérables, notamment dans l’acquisition d’armements israéliens et la construction d’infrastructures imposantes en vue de la Coupe du monde 2030.
Entre pressions extérieures et choix budgétaires ambitieux, l’économie marocaine se trouve à la croisée des chemins. Pour une grande partie de la population, serrer la ceinture semble devenu une réalité durable, dont l’issue reste incertaine.

