Le Portugal franchit un nouveau palier dans la réforme de l’accès à la nationalité portugaise. Le gouvernement vient d’adopter un ensemble de mesures qui alourdissent les exigences pesant sur les étrangers candidats à la citoyenneté. Durée de résidence allongée, vérifications renforcées : les conditions de naturalisation changent en profondeur.
Réuni en Conseil des ministres le jeudi 29 octobre 2026, l’exécutif portugais a validé un décret-loi destiné à encadrer l’application concrète de la nouvelle législation sur la nationalité. Ce texte vient donner corps à une réforme amorcée plusieurs mois auparavant.
D’après les éléments rapportés par la presse spécialisée le 30 octobre, le décret fixe les règles relatives à l’évaluation des connaissances des postulants, au contrôle de leurs moyens financiers et à la collecte de leurs données biométriques.
Cette avancée s’inscrit dans le prolongement de la réforme votée par le Parlement portugais en avril 2026. Promulguée sous forme de loi organique le 18 mai, celle-ci est entrée en application dès le lendemain, mais certaines de ses dispositions restaient suspendues à des textes d’application. Le décret d’octobre comble précisément ce vide en détaillant les procédures administratives liées aux demandes.
Nationalité portugaise : jusqu’à dix ans de résidence désormais requis
La modification la plus marquante touche à la durée de séjour légal exigée pour prétendre à la citoyenneté. Jusqu’ici fixée à cinq ans, elle grimpe maintenant à sept, voire dix années, selon l’origine du demandeur.
Les citoyens des pays membres de l’Union européenne, ainsi que ceux issus des États où le portugais est langue officielle — incluant les nations lusophones d’Afrique —, devront justifier d’un minimum de sept ans de résidence régulière sur le sol portugais.
Pour les ressortissants de toutes les autres nationalités, à l’image de l’Algérie, le seuil est fixé à dix années. Cette règle vise les demandes relevant du régime général de naturalisation.
Le ministère portugais de la Justice précise que ces nouvelles obligations s’appliquent aux dossiers déposés à partir du 19 mai 2026. Les demandes antérieures à cette échéance demeurent régies par les anciennes dispositions.
Langue, culture et moyens financiers : des critères plus stricts
La réforme introduit également un examen plus poussé des connaissances des candidats sur le pays. Ces derniers devront attester d’une bonne maîtrise de la langue portugaise, mais aussi d’une familiarité avec l’histoire, la culture et les symboles nationaux.
Les postulants sont par ailleurs tenus de connaître les droits et obligations attachés à la citoyenneté portugaise, de même que les grandes lignes du fonctionnement institutionnel du pays.
Autre exigence : les demandeurs devront démontrer qu’ils disposent de ressources financières suffisantes et affirmer leur attachement aux valeurs fondamentales de l’État de droit démocratique.
Le gouvernement a en outre acté des règles encadrant la collecte des données biométriques des candidats. Les modalités précises de certains contrôles seront détaillées dans des textes réglementaires à venir.
Le ministre de la Présidence, António Leitão Amaro, a défendu ces dispositions comme un levier destiné à resserrer les liens entre les futurs naturalisés et la société portugaise.
Le Portugal réorganise aussi sa politique migratoire
En parallèle de ce tour de vis sur la nationalité, les autorités de Lisbonne entendent fluidifier certaines formalités administratives. Elles misent pour cela sur la dématérialisation des procédures et sur une circulation plus efficace des informations entre les services concernés.
L’exécutif a également procédé à un changement à la tête de l’Agence pour l’intégration, la migration et l’asile (AIMA). César Teixeira succède à Pedro Portugal Gaspar à la présidence de cet organisme clé.
Les statistiques officielles révèlent une forte sollicitation de l’agence : le nombre de rendez-vous a bondi de 60 % en 2026 par rapport à l’année précédente. L’AIMA aurait accompagné 185 000 personnes et répondu à près de 500 000 appels téléphoniques.
Le syndicat des techniciens de l’immigration a salué cette nomination, tout en appelant à des améliorations sur le plan des effectifs, de l’organisation interne et des circuits administratifs.
Avec cette réforme, le Portugal rejoint la tendance observée dans plusieurs pays européens qui resserrent leurs conditions de naturalisation. Pour de nombreux candidats, notamment originaires du Maghreb, l’obtention de la nationalité portugaise devient un parcours plus long et plus exigeant. Reste à mesurer, dans les mois à venir, l’impact réel de ces mesures sur les flux de demandes.


