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Sahara occidental : la vraie raison du pari perdu du Maroc

Le dossier du Sahara occidental vient de livrer un rebondissement majeur au Conseil de sécurité de l’ONU. Le veto russe opposé à une résolution américaine favorable au plan d’autonomie marocain marque un revers cuisant pour Rabat. Un désaveu qui intervient après des années de concessions stratégiques du royaume chérifien sur la scène internationale.

Ce blocage diplomatique rappelle un principe que la diplomatie algérienne martèle depuis longtemps. Aucun État, pas même la première puissance mondiale, ne peut céder à un pays une souveraineté qu’il ne détient pas sur un territoire donné.

Sahara occidental : les calculs hasardeux du Maroc entre Washington et Moscou

Après avoir temporisé pendant des décennies, le Maroc a estimé en 2020 que l’heure était venue de tenter le tout pour le tout. Rabat a alors accepté l’offre de Donald Trump, soucieux de rallier un maximum de nations arabes et musulmanes aux accords d’Abraham.

Mohammed VI a engagé une mise considérable. Dans un pays où l’opinion publique reste fermement acquise à la cause palestinienne, le souverain a pris le risque d’une instabilité intérieure, d’autant plus aiguë avec le déclenchement imprévu de la guerre à Gaza.

Pendant que les Palestiniens subissaient les bombardements, le royaume a multiplié les gestes de rapprochement avec Israël. Contrats d’armement, partenariats économiques dans divers secteurs : la coopération s’est intensifiée, allant jusqu’à l’expulsion de Marocains de biens revendiqués par des arrivants installés en Israël.

Rabat figure également parmi les premiers États à avoir rejoint, en déboursant comptant un milliard de dollars puisés dans les caisses nationales, le « conseil de paix » voulu par Donald Trump. Un organe censé supplanter cette même ONU dont le Maroc espérait pourtant obtenir la caution pour son contrôle du Sahara occidental.

Au terme de cinq années d’atermoiements, Rabat a franchi l’ultime étape en septembre dernier. Un accord a été scellé avec Tel-Aviv pour élever les représentations diplomatiques au rang d’ambassades, avec échange d’ambassadeurs.

Dossier sahraoui : entre illusions entretenues et vérités déformées

Cette normalisation complète est intervenue moins de deux mois avant le vote crucial du Conseil de sécurité sur le renouvellement du mandat de la Minurso, le vendredi 30 octobre. Fallait-il y voir la contrepartie exigée par Trump pour soutenir un texte plus avantageux ?

Quelle que soit la réponse, Rabat s’est maintenu dans une double posture d’illusion et de contrevérité. Après l’abstention russe lors de l’adoption de la résolution 2797 en octobre 2025, la communication officielle marocaine a hâtivement proclamé que l’affaire du Sahara occidental était close en sa faveur, au détriment du peuple sahraoui.

Pourtant, à Rabat, on a soigneusement omis de lire l’intégralité du texte. Ce dernier n’a à aucun instant exclu la possibilité d’une autodétermination par voie référendaire.

C’est précisément pour cette raison que la Russie, la Chine et l’Algérie, alors membre non permanent du Conseil, n’ont pas fait obstruction. La diplomatie marocaine se devait de travestir la réalité, d’abord envers sa propre population. Il fallait lui présenter les « bénéfices » de la normalisation, vendue dès 2020 comme un compromis nécessaire pour appuyer les prétentions territoriales du royaume.

Pourquoi la Russie refuse de laisser Washington imposer sa loi

Le veto russe et l’abstention chinoise de vendredi au Conseil de sécurité ont dissipé ces mirages. Le problème ne tient pas à un reniement de Trump ou d’Israël vis-à-vis de leurs engagements.

La diplomatie marocaine a simplement négligé une évidence : en dehors des alliés américains et européens, les autres grandes puissances n’ont aucun intérêt à bafouer le droit international et la légalité en vigueur.

Rabat a perdu de vue que Donald Trump ne dispose pas de tous les leviers. Il n’a notamment pas le pouvoir de modifier le statut juridique d’un territoire non autonome placé sous la responsabilité directe des Nations unies.

L’autre erreur d’appréciation marocaine réside dans la conviction que des puissances telles que la Russie et la Chine accepteraient de laisser Washington agir seul. Imaginer qu’elles se soumettraient à la volonté américaine sur un dossier international aussi sensible, dans le contexte géopolitique actuel, relevait de l’aveuglement.

« Le don de celui qui ne possède pas à celui qui ne mérite pas »

En définitive, le seul acquis tangible de la normalisation pour le Maroc tient au ralliement de certains pays européens dans le sillage du soutien américain, à l’image de la France et de l’Espagne.

Mais ces appuis ne pèsent pas davantage que celui de Trump lui-même. Leur fragilité avait été parfaitement résumée par le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, lorsqu’Emmanuel Macron reconnaissait en juillet 2024 la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental : « C’est le don de celui qui ne possède pas à celui qui ne mérite pas… ».

Ce revers onusien illustre les limites d’une stratégie fondée sur des alliances conjoncturelles et le mépris du droit international. Le sort du peuple sahraoui demeure suspendu au principe d’autodétermination, que ni les tractations diplomatiques ni les pressions des puissances ne sont parvenues à effacer.

Abdel
Abdel
Journaliste chevronné, je vous propose des articles qui traitent de l'actualité maghrébine et de la diaspora en général.

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