De retour d’un séjour en Algérie, Ségolène Royal remet en cause la posture adoptée par la France envers Alger. Invitée sur LCI, l’ancienne ministre a relancé le débat sur les relations franco-algériennes, tout en évoquant sa visite au journaliste Christophe Gleizes, actuellement incarcéré sur le sol algérien.
Ségolène Royal dénonce l’isolement diplomatique de la France face à l’Algérie
La présidente de l’Association France-Algérie s’était rendue dans le pays pour prendre part à une manifestation consacrée à l’art rupestre, organisée à Djanet, dans le Grand Sud algérien. À son retour, elle a de nouveau pointé du doigt l’attitude de Paris vis-à-vis de ce partenaire historique.
Pour l’ex-candidate à l’Élysée, la France fait aujourd’hui figure d’exception. « Tout le monde s’entend avec l’Algérie sauf la France », a-t-elle lancé, résumant ainsi le fond de sa pensée sur une relation bilatérale qu’elle juge enlisée.
Ségolène Royal confie avoir rendu visite à Christophe Gleizes en détention
Au cours de l’émission, la responsable associative a confirmé avoir rencontré le journaliste Christophe Gleizes. Ce dernier purge une peine de sept ans de prison en Algérie, une condamnation prononcée en juin 2025.
« J’ai rencontré Christophe Gleizes. À chaque fois que je me rends en Algérie, je le vois. Il va bien, il garde le moral, mais c’est long », a-t-elle témoigné mardi soir. Interrogée sur une éventuelle libération prochaine, elle est restée prudente : « On ne peut pas l’affirmer, mais il faut l’espérer. »
Ségolène Royal a par ailleurs précisé que le journaliste détenu « ne contestait pas le régime algérien », une remarque destinée à nuancer la perception de sa situation.
Une relation franco-algérienne toujours bloquée
L’ancienne ministre a profité de cette séquence pour aborder l’état des liens entre les deux rives de la Méditerranée. Malgré la fin d’une crise diplomatique majeure de dix-huit mois, le dialogue reste globalement à l’arrêt.
Cette détente avait été amorcée en février dernier, lorsque le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’était déplacé à Alger. Depuis, les relations peinent toutefois à retrouver une véritable dynamique.
Ségolène Royal plaide pour une coopération énergétique avec l’Algérie
Sur le plan économique, l’ancienne ministre de l’Écologie estime que la France passe à côté d’opportunités stratégiques. Elle a notamment visé la récente tournée d’Emmanuel Macron dans les pays du Golfe, destinée à sécuriser des approvisionnements en hydrocarbures.
« Il y aurait beaucoup à dire sur les pays avec lesquels la France entretient des échanges commerciaux. M. Macron vient de parcourir le Golfe pour trouver des hydrocarbures : il serait plus pertinent d’aller les chercher en Algérie », a-t-elle argumenté.
Pour appuyer sa démonstration, elle a cité l’exemple de plusieurs partenaires européens. Selon elle, Allemands, Italiens et Espagnols se tournent déjà vers l’Algérie pour obtenir pétrole, gaz et contrats industriels, là où la France hésite.
L’usine Renault d’Oran à l’arrêt, Opel prépare son implantation en Algérie
Ségolène Royal a également illustré son propos avec le cas emblématique de l’industrie automobile. Elle a rappelé que le site Renault situé à Oran est aujourd’hui fermé, signe à ses yeux d’un désengagement français.
À l’inverse, le constructeur allemand Opel, appartenant au groupe Stellantis, a officialisé la construction d’une usine sur le territoire algérien. Un contraste que l’ancienne candidate a souligné avec une pointe d’ironie : « Est-ce que c’est malin ? »
À travers ces exemples concrets, la présidente de l’Association France-Algérie dénonce une forme d’immobilisme français, qui laisserait le champ libre à d’autres puissances européennes sur les marchés énergétiques et industriels du pays.
Entre plaidoyer pour un rapprochement économique et préoccupation humanitaire autour du sort de Christophe Gleizes, l’intervention de Ségolène Royal remet au premier plan la question sensible des relations entre Paris et Alger. Un dossier qui demeure, à ce jour, largement en suspens.


