Dans un climat politique tendu, le débat sur l’immigration en France ressurgit avec force après les débordements survenus lors des mobilisations contre la cherté de la vie du samedi 17 octobre. Tandis qu’une partie de la classe politique instrumentalise ces incidents pour cibler les citoyens issus de la diversité, l’essayiste Hakim El Karoui rappelle le rôle central des travailleurs immigrés dans le fonctionnement de l’économie nationale.
Immigration : un pilier méconnu de l’économie française
Fondateur du cabinet Volentia, président du club XXIᵉ siècle et contributeur du think tank Terra Nova, Hakim El Karoui dresse le portrait d’un pays qui tournerait au ralenti sans la contribution de sa main-d’œuvre étrangère.
Invité sur le plateau de l’émission « C à vous », diffusée sur France 5, l’intellectuel a insisté sur la place déterminante que tient l’immigration dans le tissu productif. Selon lui, cette réalité est incontournable et profondément ancrée.
« Elle est là, elle occupe une place très importante dans le travail et l’économie française. Le service aux personnes dépend aujourd’hui très largement de l’immigration », a-t-il affirmé lors de son passage à l’antenne.
« Sans les immigrés, plus de santé ni de soins » selon Hakim El Karoui
L’ancien conseiller à Matignon a égrené une série de secteurs qui s’effondreraient en l’absence de ces travailleurs. Pour lui, les conséquences seraient immédiates et vertigineuses dans de nombreux domaines essentiels.
« Vous enlevez tous les immigrés aujourd’hui, il n’y a plus de santé, il n’y a plus de soins, il n’y a plus de cuisine. 22 % des cuisiniers sont des immigrés. Il n’y a plus de transport, plus de logistique. Il y a d’énormes problèmes dans les campagnes. Il n’y a plus de BTP », a-t-il détaillé.
Une dépendance structurelle appelée à perdurer
Loin d’y voir un phénomène passager, l’essayiste estime que cette situation s’inscrit dans la durée. Il met en avant une double dynamique : une volonté de migrer, mais surtout des besoins criants sur le marché du travail hexagonal.
« Contrairement à ce que disent les uns et les autres, ça va continuer parce qu’il y a une demande du côté des immigrés, mais surtout parce qu’il y a une offre de travail », a-t-il précisé face aux animateurs.
Le scénario d’une France sans immigrés décrit par Hakim El Karoui
Interrogé sur l’hypothèse d’un pays totalement privé de population immigrée, Hakim El Karoui n’a pas hésité à peindre un tableau alarmant. Il a pris soin de distinguer le départ des étrangers déjà installés de la seule limitation des nouvelles arrivées.
« Si on faisait partir tous les immigrés actuels – ce n’est pas la même chose que si on dit on enlève les nouveaux – si on faisait partir tous les immigrés actuels, je vous dis il n’y a plus d’hôtels-restaurants, il n’y a plus d’Amazon, il n’y a plus de transport, il n’y a plus de RATP, il n’y a plus d’hôpital public, il n’y a plus d’EHPAD », a-t-il énuméré.
Des secteurs clés entièrement dépendants
À travers cette énumération, l’expert pointe la fragilité de pans entiers de l’activité française. De la restauration à la logistique, en passant par le soin aux personnes âgées, ces domaines reposent sur une force de travail que peu d’acteurs seraient prêts à remplacer.
Cette démonstration intervient à contre-courant d’un discours dominant qui tend à présenter l’immigration comme un fardeau. Hakim El Karoui préfère mettre en lumière sa contribution concrète au quotidien des Français, souvent invisible mais indispensable.
Un plaidoyer à rebours du discours anti-immigration
Les propos de l’essayiste résonnent comme une réponse directe aux offensives politiques visant les populations d’origine étrangère, notamment maghrébine. Ils rappellent que les attaques symboliques se heurtent à une réalité économique bien plus nuancée.
En soulignant la dépendance des hôpitaux, des transports publics et des établissements médico-sociaux, l’expert replace le débat sur le terrain des faits. Son analyse invite à dépasser les clivages idéologiques pour considérer la place réelle des travailleurs immigrés.
Au final, l’intervention de Hakim El Karoui remet en question l’idée d’une France qui pourrait se passer de sa main-d’œuvre venue d’ailleurs. Dans un contexte marqué par la tentation du repli, son constat rappelle combien l’économie française demeure tributaire de cette contribution, aujourd’hui comme demain.


