Les transferts de devises vers l’Algérie demeurent nettement inférieurs à ceux enregistrés par les pays voisins, un constat qui interroge les responsables politiques. Pour Zoheir Rouis, vice-président du parti Jil Jadid, la faiblesse de ces flux financiers ne s’explique pas par un manque d’engagement de la diaspora algérienne. Le véritable problème serait ailleurs, dans les mécanismes eux-mêmes.
Des transferts de la diaspora en net décrochage face au Maroc et à la Tunisie
Selon les données diffusées par le Fonds international de développement agricole (FIDA), les envois de fonds officiellement recensés des Algériens résidant à l’étranger n’ont atteint que 1,799 milliard de dollars en 2025. Un montant modeste au regard des voisins immédiats.
Sur la même période, le Maroc a bénéficié de 13,65 milliards de dollars grâce à sa diaspora, tandis que la Tunisie a reçu 3,26 milliards. En une décennie, ces deux pays affichent des progressions respectives de 114 % et 79 %.
L’Algérie, qui comptait encore parmi les cinq premiers pays du continent en 2016, occupe désormais la onzième position. Les transferts officiels de sa diaspora ont même reculé d’environ 10 % en dix ans, un signal jugé alarmant.
L’écart de change, une incitation à contourner les circuits bancaires
Dans une contribution publiée le mercredi 23 septembre, Zoheir Rouis qualifie la situation de « préoccupante ». Il tient toutefois à nuancer la lecture de ces statistiques. Selon lui, ce chiffre ne traduit pas un abandon de la diaspora envers ses familles ou son pays d’origine.
« Il mesure les flux qui passent par les circuits officiellement recensés. Et c’est précisément là que se trouve le problème », précise le responsable politique. Autrement dit, une large part des envois échappe simplement aux registres officiels.
Le dirigeant pointe notamment le décalage entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle. Cet écart, qu’il évalue entre 53 % et 80 %, représente selon lui « une puissante incitation à sortir des circuits bancaires ».
Des flux invisibles qui faussent les statistiques
Une portion significative des devises transférées par la communauté établie à l’étranger parvient directement en Algérie « de main à main », lors des voyages. Ces montants échappent naturellement à toute comptabilité officielle.
Zoheir Rouis appelle donc à « éviter une lecture simpliste du chiffre de 1,8 milliard ». La vraie interrogation, insiste-t-il, porte sur les raisons pour lesquelles l’économie nationale ne parvient pas à proposer des dispositifs assez simples, sûrs et attractifs pour capter cette épargne.
Le rôle de la diaspora algérienne, un potentiel largement sous-exploité
Le responsable de Jil Jadid rejette l’idée d’une générosité supérieure des Marocains ou des Tunisiens. Selon lui, l’écart s’explique par « les politiques publiques mises en place pour rendre les transferts formels plus attractifs et plus accessibles ».
Il estime par ailleurs qu’il serait réducteur de limiter la diaspora à des envois familiaux, à des séjours estivaux ou à un soutien ponctuel. Cette approche demeure « insuffisante » au vu du potentiel réel de cette communauté.
Grâce à sa force tant quantitative que qualitative, elle pourrait, selon lui, « contribuer au financement de l’économie, au transfert de technologies, à l’ouverture internationale des entreprises algériennes, à la recherche, à l’innovation et au développement des territoires ».
Les réformes proposées pour rétablir la confiance
Pour concrétiser ce potentiel, Zoheir Rouis plaide pour « un changement profond de regard », appuyé par des mesures tangibles. Il rappelle que « la confiance ne se décrète pas », mais se bâtit sur des règles « claires, stables et prévisibles ».
La première étape passerait par « une réforme sérieuse des conditions de transfert de devises ». Cette refonte s’articulerait autour de plusieurs axes prioritaires :
- La réduction de l’écart entre les taux de change ;
- La modernisation des circuits bancaires ;
- Le déploiement massif de solutions numériques ;
- La simplification des démarches administratives ;
- Le renforcement de la sécurité juridique.
Le vice-président du parti avance également d’autres pistes destinées à mobiliser l’épargne des Algériens de l’étranger :
- La mise en place de produits d’épargne en devises véritablement compétitifs ;
- La facilitation de l’investissement de la diaspora dans les PME algériennes ;
- La création de dispositifs d’investissement simples, débarrassés d’une bureaucratie excessive.
Pour Zoheir Rouis, la communauté établie à l’étranger « ne demande pas qu’on lui fasse une faveur ». Elle réclame avant tout un cadre normal, des règles lisibles, des services efficaces et une sécurité juridique. Autant de conditions susceptibles de restaurer durablement la confiance et de réorienter les transferts de fonds vers les canaux officiels.




